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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 11:09

Tandis que les tracteurs sont à nouveau de sortie aujourd’hui dans plusieurs régions de France pour crier la détresse paysanne, Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine, dénonçait hier la manière dont on ruine les éleveurs en France pour augmenter les marges de l’aval.

 

Hier, au moment où Stéphane Le Foll annonçait un rajout de 290 millions d’euros pour venir en aide aux éleveurs de bovins à viande, de porcs mais aussi de palmipèdes gras sans oublier les producteurs laitiers, Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine (FNB) de la FNSEA tenait une conférence de presse . Cette rencontre était prévue depuis trois semaines dans le cadre de la préparation du congrès annuel de la FNB qui se tiendra à Bourg-en-Bresse le 3 et le 4 février. 

Elle fut l’occasion pour l’éleveur bourguignon de rappeler que le plan d’aide de l’été dernier devait réduire pour éleveurs le coût financier des conséquences de la sécheresse dans certaines régions d’élevage ; réduire aussi les pertes de revenu induites par le blocage des bovins prêts à la vente dans les élevages suite à la fièvre catarrhale ovine (FCO) qui touche aussi les bovins. Enfin, une partie de ces aides sert à prendre en charge de cotisations sociales d’éleveurs incapables de tirer un revenu de leur métier. Non par incompétence, mais en raison d’un marché de la viande bovine où l’offre est légèrement supérieure à la demande. Du coup les prix baissent, ce qui est également vrai pour la viande porcine et pour la production laitière.

En juin 2015, les paysans affiliés à la FNB avaient bloqué des abattoirs pendant plusieurs jours dans le but d’obtenir une négociation avec les abatteurs et les distributeurs. Ils voulaient que le prix du kilo de viande bovine non désossée augmente de 40 centimes par kilo, somme nécessaire pour dégager un peu de revenu. Dans un premier temps, les enseignes de la distribution jouant le jeu, les prix augmentèrent de 13 centimes en quelques semaines. Mais, dès la fin du mois d’août, « cette dynamique globale de filière a été torpillée par des entreprises d’aval, en particulier le groupe Bigard, qui a délibérément joué la baisse brutale des prix, y compris sur des segments où rien ne perturbait fondamentalement le maintien d’une revalorisation sur les viandes destinées aux circuits de la grande distribution et de la boucherie artisanale. Les cours ont alors dévissé, entrainés dans une spirale de baisse qui a conduit à tomber même en dessous des cours moyens précédant les engagements pris en juin », constate Jean-Pierre Fleury huit mois plus tard.

Selon lui, le groupe privé Bigard, qui abat 40% des bovins en France- contre seulement 12% pour la seconde entreprise d’abattage-, a fait le choix d’augmenter ses marges sur le dos des éleveurs et notamment ceux qui sont spécialisés dans les races à viande. Il faut savoir ici que ce secteur compte en France plus 4,2 millions de vaches, à quoi s’ajoutent les jeunes bovins. Les vaches du troupeau allaitant sont plus nombreuses en France que celles du troupeau laitier qui sont environ 3,7 millions. Mais, du fait de sa géographie constituée de vastes zones herbagères, la France est le seul pays européen dans cette situation. Du coup, les éleveurs de bovins à viande sont dépendants des achats de l’Italie, de l’Espagne, de la Grèce, de la Turquie, voire de quelques pays du Maghreb pour vendre leurs « broutards ». Ces animaux maigres vendus à dix mois sont souvent engraissés dans les pays qui les consomment.

De son côté, le marché français consomme surtout des vaches de réforme et des génisses de deux à trois ans. Mais le marché de la vache de réforme est souvent encombré par les vaches laitières à courte durée de vie en raison même des dégâts du productivisme laitier sur leur organisme. Plus fâcheux encore, le nombre de laitières à augmenté en Europe avec la sortie des quotas laitiers. Ce qui se traduit aussi par plus d’abattage de laitières de réforme, surtout quand le prix du lait baisse sensiblement pour cause de surproduction, ce qui est le cas en Europe depuis plusieurs mois.

Facteur aggravant, les carcasses de vaches laitières sont de plus en plus transformées en viande hachée, ce qui permet de faire du steak haché avec de la viande à bouillir en y intégrant pas mal de graisse. La graisse lui donne plus de goût et diminue le prix de revient au détriment de la diététique. Mais son prix est attractif car la matière première ne coûte pas cher. La viande hachée sous toutes ses formes représente désormais près de 50% des volumes de viande bovine vendus en grande surface. Du coup, la viande de qualité et notamment les pièces nobles issues des races prestigieuses comme la charolaise, la limousine, la blonde d’Aquitaine, la salers, l’Aubrac et quelques autres peine à trouver sa place dans les rayons de la distribution.

On en est là aujourd’hui et il est difficile de savoir s’il y aura une sortie de crise dans les mois qui viennent. Ce n’est donc pas le moment d’ouvrir le marché européen aux viandes d’outre Atlantique. Jean-Pierre Fleury est allé le dire récemment à la Commission européenne qui négocie actuellement des baisses de tarifs douaniers avec les Etats Unis sur les exportations de viandes bovines et veut faire la même chose avec les pays du Mercosur. Au pays du Hamburger, 100% des vaches laitières de réforme sont transformées en viande hachée. Mais les Etats Unis engraissent aussi pour l’exportation beaucoup de bovins de races à viande dans leurs « feedlots », ces parcs d’engraissement conçus comme des camps de concentration pour bétail où l’alimentation granivore destinées aux herbivores arrive en trains entiers tandis que les hormones de croissance et les antibiotiques entrent régulièrement dans la ration alimentaire.

Selon Jean-Pierre Fleury, la commissaire européenne en charge du Commerce a repris une offre européenne faite des 2003 aux Etats Unis dans le cadre d’une négociation non aboutie depuis. Il s’agit d’importer annuellement sans droits de douanes 300.000 tonnes de pièces nobles des Etats Unis alors que ces mêmes pièces issues de nos races à viande peinent à trouver leur place sur le marché. En oubliant que la consommation de viande bovine a diminué de 27% en Europe depuis 2003 tandis que l’offre de viande qualité au augmenté en France. Plus grave encore, cette viande trouve de moins en moins sa place dans la politique de l’offre dans notre pays avec la fermeture des boucheries traditionnelles et l’augmentation des ventes dans la grande distribution où le client n’est pratiquement pas conseillé.

Décidément, des usines aux exploitations agricoles, la politique commerciale de l’Europe n’en finit pas de provoquer des crises et d’en faire payer l’addition par les hommes et les femmes qui n’en sont pas responsables. Et la France du président Hollande accompagne cette politique sans prendre la moindre initiative pour tenter de la corriger. Du coup les tracteurs sont encore de sortie aujourd’hui à l’initiative de milliers de paysans au bord de la ruine tandis que l’Europe des marchands brade aussi notre souveraineté alimentaire. 

 

La ruine des paysans menace aussi notre souveraineté alimentaire

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