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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 11:47

La violence et l’inconscient de classe par Stéphane Barbas, pédopsychiatre. « Air France est le symbole de toutes les agressions dont le monde du travail est l’objet. »

 

Les propos vindicatifs de nos dirigeants politiques et de leurs habituels chiens de garde, en réaction à la colère des salariés d’Air France, sont eux-mêmes empreints d’une réelle violence. On connaît la modération de leurs critiques pour les délits des puissants et leur virulence pour condamner et stigmatiser les actes de révolte des salariés. Mais comment comprendre que ces belles âmes puissent à ce point ignorer la violence sociale dont sont victimes les salariés touchés par les licenciements décidés dans des cénacles feutrés ? On sait pourtant que les maltraitances invisibles, psychologiques en particulier, ont des effets des plus destructeurs pour la personne. Le refus d’entendre la colère, le désespoir, revient à dénier l’existence du sujet dans l’expression de sa souffrance et se surajoute à la violence de la perte de l’emploi et de ses moyens de subsistance. La non-reconnaissance de la maltraitance sociale se redouble d’une maltraitance symbolique dont les politiques se rendent coupables. Le plus étonnant est leur incapacité à percevoir cette dimension humaine. Ils ne sont même plus conscients du degré de leur mépris. Comment peuvent-ils être humainement aussi sourds et politiquement aussi aveugles ? L’inconscient de classe est sans doute une explication à leur identification, sans distance, au patron agressé plutôt qu’aux salariés victimes du plan social. Ils n’ont pas pu imaginer un instant combien d’autres colères inexprimées allaient s’identifier, en quelque sorte par procuration, à celles des salariés d’Air France. En cela Air France est le symbole de toutes les agressions dont le monde du travail est l’objet au nom des diktats du libéralisme financier. La violence doit être prise pour ce qu’elle est : un symptôme où se rejoignent souffrance individuelle et malaise social. Mais comment la colère, ou simplement la protestation, peut-elle s’exprimer sans violence, alors que les voies démocratiques ou du dialogue social sont dans l’impasse ? Protestez, manifestez autant que vous voulez, de toute façon on ne changera rien ! Tel est le message adressé aux travailleurs. De la réforme des retraites jusqu’à la récente conférence sociale, tout confirme ce mépris, sans même parler du sort fait à la démocratie en Grèce. Mais si la violence n’est pas inéluctable, par quelle voie peut-elle s’exprimer ? Faut-il que les travailleurs retournent leur désespoir contre eux-mêmes comme à France Télécom ou chez Renault ? Voilà une forme de violence insupportable, pourtant nos belles âmes ont bien sobrement réagi à ces drames. Faut-il que les familles deviennent l’espace clos des violences que l’on voit augmenter dans nos consultations ? Faut-il se féliciter que la majorité des violences se transforment en souffrances psychiques et en troubles psychosomatiques ? Il reste pourtant une solution pour détourner la violence du libéralisme. Immigrés, réfugiés : les boucs émissaires ne manquent pas pour détourner la colère sociale. Ce n’est pas pour rien si le FN se nourrit des frustrations, des humiliations et des sentiments de non-reconnaissance d’un peuple qui n’a plus voix au chapitre. Les politiques libéraux, au-delà des calculs électoraux, ne comptent-ils pas inconsciemment ou cyniquement sur cette solution ?

 

Air France, que révèlent les réactions hostiles aux salariés ?

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