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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 18:52

Le président de la République s'est montré incapable de répondre aux préoccupations d'une employée au chômage, jeudi, sur TF1. Il a en revanche comblé le Medef sur le financement de la politique familiale et annoncé un futur service civique universel aux contours inquiétants.

 

À qui n'a pas eu le courage d'endurer les quatre-vingt dix minutes de bavardage présidentiel, jeudi soir sur TF1, il suffira d'avoir vu la séquence où le chef de l'Etat s'adresse à une chômeuse âgée de Drancy pour mesurer le naufrage de la politique élyséenne. On se souvient de Lionel Jospin pour qui l'Etat ne pouvait « pas tout » ; avec François Hollande, l'Etat ne peut plus rien. Du moins pour les victimes d'une politique toujours plus dure aux plus modestes.

 

Nulle question piégée de la part de l'ex-employée de bureau, mais cette interpellation simple : comment faire pour avoir droit à une retraite quand l'âge de départ est sans cesse repoussé et le nombre d'annuités allongé, et que l'on survit au chômage à soixante ans avec un minima social de moins de 500 euros par mois ?

 

Face à la pudeur de cette « séniore » qui ne demandait qu'à travailler et avoir droit à une retraite, le chef de l'Etat n'avait rien à proposer, sinon le refrain usé d'un énième contrat aidé « qui s'ajoutera à votre ASS » (allocation spécifique de solidarité) pour les personnes qui n'ont pas acquis toutes leurs annuités.

 

Une rustine inefficace (31 000 contrats de génération ont été signés à ce jour, très loin de l'objectif de 500 000 à la fin du quinquennat présidentiel, a-t-il été rappelé durant l'émission) pour un problème qui va frapper un nombre de travailleurs âgés de plus en plus important « dès lors que l'âge de la retraite va être repoussé », a reconnu lui-même François Hollande. Et si les entreprises ne les embauchent toujours pas, eh bien, le chef de l'Etat les y « incite » fermement... Rien, en revanche, sur les contreparties au pacte de responsabilité, sur les moyens de combler des carrières incomplètes, sur le montant des retraites ou même des minimas sociaux. Tout juste le président a-t-il évoqué une prestation pour attendre la retraite pour ceux qui ont toutes leurs annuités à partir de soixante ans, un cas qui exclut ceux qui ont connu des périodes prolongées de chômage comme l'ex-employée de Drancy.

 

Le calvaire du chef de l'Etat aurait pu s'arrêter là, si l'ironie ne s'était ajoutée à la séquence suivante. Face à lui, a succédé à la chômeuse une dynamique chef d'entreprise internationale de pièces pour l'industrie pétrolière, employant 650 salariés, dont la moitié en France. On pouvait croire le terrain plus facile pour François Hollande, mais l'échange d'amabilités n'a guère duré (« Je vous remercie de ce que vous faîtes », se sont-ils congratulés mutuellement) : si le chef de l'Etat a reçu des félicitations pour sa prodigalité en crédit d'impôts de toutes sortes aux entreprises que même les gouvernements précédents de droite n'avaient pas osés, a rappelé la dirigeante, ce fut pour lui renvoyer sans pitié le modèle allemand et anglais en exemple. Loin des « petits pas » certes « positifs » mais « très très insuffisants » du président français pour alléger « l'excès de taxes » qui accableraient, selon elle, les entreprises. Et de dénoncer la politique familiale et le chômage des intermittents comme autant de charges insupportables pesant indûment sur les entreprises au lieu d'être transférées sur le budget de la nation. La France n'est « pas un Etat de droit », s'est même exclamée la dame qui a repris sans le dire toute l'outrance du Medef, ingratitude comprise du patronat qui en réclame toujours plus.

Face à une chômeuse, Hollande fait naufrage

Au lieu de tenir bon, François Hollande en a aussitôt rajouté en promettant, sans attendre la fin de la négociation sur le dialogue social, de réformer ce dernier « par rapport à tous les comités qui existent » (c'est-à-dire les institutions représentatives du personnel reconnus aux salariés) et « par rapport aux seuils sociaux » qui conditionnent leur existence dans les entreprises. Tout comme il a promis dans la foulée de « simplifier au maximum » l'application du compte pénibilité, non encore entré en vigueur.

 

Tout à coup, l'Etat pouvait à nouveau tout par la bouche de François Hollande. Ainsi de la politique familiale : « Il n'est pas normal qu'(elle) soit payée par des cotisations patronales », a déclaré le président de la République, éclairant ainsi le véritable sens de la modulation récente des allocations familiales en fonction des revenus...

 

A l'issue de l'émission, on l'aura deviné, même s'il a été contraint d'admettre que « les résultats ne sont pas encore là », François Hollande a martelé aux journalistes qui l'interrogeaient un cap inchangé : « On fait 50 milliards d'économies, vous voulez le cap, vous l'avez ». Il a confirmé la libéralisation prochaine du travail le dimanche. Mais il a aussi suggéré, plus que réellement annoncé, deux nouvelles réformes : la possibilité de trancher certains projets comme le barrage de Sivens par référendum local, et, surtout, l'instauration d'un service civique universel « de temps limité » à deux ou trois mois. Celui-ci pourrait consister, pour les jeunes, à effectuer des tâches non indemnisées dans les hôpitaux et les maisons de retraite, sur la base du volontariat dans un premier temps d'expérimentation, la question de le rendre obligatoire pouvant être tranchée par la suite par un référendum national. Des tâches qui risquent de s'apparenter à du travail gratuit, s'il s'agit de combler les immenses besoins non pourvus en emplois dans ces secteurs, au moment où le chômage est au plus haut... Un ballon d'essai qui pourrait annoncer, si ces craintes se confirment, de nouvelles épreuves sociales en perspective

 

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