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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 20:22

 

Enserrée entre deux séries d’attentats qui ont ensanglanté la France, cette année de tous les bouleversements fut aussi celle de reculs sociaux violents, conjugués aux renoncements déshonorants de l’exécutif, et à une progression dangereuse de l’extrême droite.
 

 

Une sale année. Et la météo n’y est pour rien. 2015 avait débuté dans le sang et les larmes avec les attentats de janvier. Elle se referme sur de nouveaux crimes de fanatiques religieux, perpétrés le 13 novembre dans la ville des Lumières. Sur le plan social, 2015 restera aussi dans les mémoires comme celle des mauvais coups qui frappent travailleurs et retraités, avec salaires et pensions gelés, un détricotage du droit du travail et un chômage à la hausse. Les lois du ministre Emmanuel Macron tout comme les baisses de dotations aux collectivités, aux effets dévastateurs pour l’emploi et le développement économique local, laisseront aussi de lourdes traces. Surfant sur ce climat lugubre, le FN a développé son audience en attisant haines et rancœurs, à mille lieues des idées fondamentalement républicaines du vivre-ensemble.

L’année où le terrorisme a frappé la france

Les attentats. Deux dates funestes, deux fers rouges qui blessent le pays et impactent son chemin. 2015 restera une année marquée par le terrorisme. Du 7 janvier, la tuerie de Charlie Hebdo, puis celle de l’Hyper Cacher, au 13 novembre, et l’horreur dans les rues de Paris, au Bataclan, au Stade de France. La vie sans Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Honoré, et tous les autres… La vie sans Marion, Gilles, Amine, Elsa, Lola, Milko, Kheireddine, Marie-Aimée, et tous les autres… En un an, 147 morts et 374 blessés. Aux dessinateurs, aux confrères, aux camarades, aux collègues et anciens collègues tués dans leur rédaction en début d’année, aux policiers et aux concitoyens juifs visés, le pays a répondu par une formidable démonstration de défense de la liberté de la presse et d’attachement au vivre-ensemble, avec des millions de manifestants, le 11 janvier. Visée sans distinction de profession, d’appartenance politique ou religieuse, visée dans son intégrité, la France a pleuré en novembre, sur les places publiques, sur des autels d’une République qui, happée par l’état d’urgence, montre des signes de vacillement.

L’année des surenchères sécuritaires

Trois mois d’état d’urgence… C’est le maximum autorisé par une loi qui date de la guerre d’Algérie. Aux attentats de janvier, l’exécutif avait déjà répondu par la loi renseignement. Une loi de surveillance généralisée et liberticide, qui étend des pratiques attentatoires sans aucune garantie contre des dérives potentielles. Aux attentats de novembre, François Hollande et Manuel Valls ont opposé cet état d’urgence de trois mois, qu’ils veulent pérenniser et inscrire dans la Constitution. Ils souhaitent aussi y graver la déchéance de la nationalité pour les terroristes binationaux nés Français. Une mesure tout droit sortie du programme du FN, inutile en matière de sécurité, qui jette en pâture les binationaux et fait le bonheur de l’extrême droite. Cette dérive « identitaire » s’ajoute à la surenchère sécuritaire, qui tente de bâillonner le mouvement social : l’exécutif a interdit de nombreuses manifestations politiques et pacifiques après le 13 novembre. La nécessité d’assurer la sécurité des Français n’autorise pas les gardes à vue et les perquisitions abusives et non motivées. En 2016, les Français et les citoyens de France devront porter haut les plus belles traditions d’émancipation, de liberté, d’égalité et de fraternité de ce pays pour vivre ensemble et rejeter les divisions et la haine.

L’année noire pour les migrants

Le 2 septembre est un mercredi. Le jour des enfants en France. La veille, ils ont retrouvé le chemin de l’école. Plus loin, aux portes de l’Europe, sur une plage de Turquie, Aylan, 3 ans, petit réfugié de la ville martyre de Konabé en Syrie, a, lui, trouvé la mort. Avec ses parents, il fuyait la guerre. Les terroristes de Daech. La photo du garçonnet a fait le tour du monde. L’émotion aussi. Depuis le massacre n’a pas cessé. Le 23 décembre, veille de Noël, les corps de trois gamins ont été retrouvés au large de la Turquie. Pourtant tout a été promis. « Face au drame des réfugiés, nous proposons, avec Angela Merkel, un mécanisme d’accueil permanent et obligatoire en Europe », avait tweeté l’Élysée à la fin de l’été. Une main timide a été tendue. La « relocation » de 120 000 réfugiés en Allemagne, quelques milliers en France. Trois mois plus tard, 200 à 300 familles ont été accueillies. L’ONU estime à un million le nombre personnes arrivées en Europe par la mer en 2015. Beaucoup rencontrent un mur infranchissable. Murs de barbelés, murs de soldats, ceux du dispositif Frontex renforcé au fil des mois sans le moindre contrôle démocratique. Murs des centres de rétention-détention. Les hotspots, comme celui de Pozzallo en Sicile, dont Médecins sans frontières (MSF) a annoncé, hier, son retrait afin de protester « contre les conditions d’accueil inappropriées et indignes ». Une indignité qui se répète, comme à Calais. Le mois dernier, elle a valu une condamnation à l’État français, sommé d’aménager des points d’eau, des sanitaires dans le camp « la Jungle » où vivent 6 000 personnes, des enfants, des mineurs isolés de plus en plus nombreux, pris au piège de la fermeture des frontières.

L’année de l’inquiétante ascension du FN

L’ampleur est considérable. Le Front national est arrivé en tête dans plus de 19 000 des 36 000 communes que compte la France, à l’occasion du premier tour des élections régionales. Au second, il a rassemblé 6,8 millions d’électeurs, dépassant le score obtenu par Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2012. Un résultat colossal. Sans conteste, 2015 est une année qui a fait plus que sourire à un parti d’extrême droite omniprésent médiatiquement. S’il a finalement été battu dans les six régions où il était arrivé en tête le 6 décembre, le FN a indiscutablement marqué des points sur le terrain de la bataille idéologique. Le parti de la haine et du repli a surfé sur la crise des réfugiés, les attentats, le chômage, le sentiment de relégation de nombreux concitoyens, la crise démocratique, mais aussi sur une droite qui reprend et banalise son discours, et un président de la République qui atomise la gauche et s’approprie la revendication d’extrême droite d’extension des déchéances de la nationalité. Malgré les scandales et les procès qui le frappent, malgré les propos sordides de nombre de ses élus et adhérents, le FN progresse, et ajoute à son vote d’exaspération un vote d’adhésion. 2015 a été l’année d’un bond de géant dans l’entreprise de dédiabolisation du FN. Son ascension reste cependant réversible. L’enjeu de 2016, et au-delà, sera primordial pour les progressistes : convaincre des dangers d’un FN ennemi du peuple, et proposer une alternative programmatique et idéologique plus audible.

L’année de la dangereuse loi Macron

Des bus à la place des trains, le Code du travail piétiné, aux chiottes le repos du dimanche, vive le travail de nuit, au boulot pénible les enfants de 14 à 16 ans, et 3 CDD de suite possibles pour les jeunes, avec moins d’inspections du travail, de prud’hommes, de médecine du travail, et plus de droits au licenciement ! Le ministre de l’Économie et de l’Industrie et son CV de bankster ont donné leur nom à une loi, promulguée le 8 août 2015 sans qu’il ne fût besoin de la faire voter par le Parlement qui rechignait. Cette loi, cette Macronne des patrons, tire à boulets noirs sur tout ce qui constitue les droits acquis par les luttes. Depuis, la ligne libérale tracée par le gouvernement apparaît droite comme l’injustice. 2015 a mis le feu aux convictions socialistes. 2016, année de la braise ? Jamais passé par le suffrage universel, le trentenaire Macron, couve déjà une seconde mouture de sa loi. La courbe des dividendes atteint des sommets, comme celle du chômage : tu bosses, tu bosses pas, ils s’enrichissent quand même. Emmanuel Macron a choisi son camp, celui qui gagne… plus ! Au diable, la politique qui régit la Cité ! Chez ces gens-là, on raisonne économique. Quant à l’industrie, qu’elle aille se faire numériser ! Chez ces gens-là, on ne produit plus, on tape !

L’année des coups contre le code du travail

En matière de destruction du Code du Travail, les années se suivent et se ressemblent. En 2015, la loi Rebsamen, en prétendant simplifier le dialogue social, a rogné sur les droits des instances représentatives du personnel (IRP) et acté, entre autres, la possibilité de renouveler deux fois un CDD au lieu d’un. Mais cela n’était visiblement pas encore assez. Le patronat, des hommes politiques, même les juristes, en la personne de l’éminent Antoine Lyon-Caen, ont réclamé une refonte du Code du travail. Les petites phrases et les coups bas se sont succédé pour dénoncer une réglementation soi-disant trop compliquée. Très à l’écoute, François Hollande n’a pas hésité à ressortir le rabot. En septembre, il recommande de simplifier le Code du travail pour le rendre plus « lisible » et « mieux adapté aux entreprises », autrement dit, donner plus de place à la négociation collective. Début novembre, Manuel Valls se prononçait pour la construction « d’un Code du travail du XXIe siècle » (sic). Le rouleau à compresser les droits des salariés était lancé. Si l’exécutif jure par exemple que la loi continuera de garantir la durée légale du travail de 35 heures, les digues vont sauter : des accords collectifs devraient permettre d’y déroger. Une commission présidée par Robert Badinter planche en ce moment même sur ce recueil législatif qu’il juge « obèse ». Un projet de loi sera présenté début 2016 pour une adoption avant l’été. De quoi augurer une nouvelle « annus horribilis » pour le livre rouge.

2015. Terrorisme, chômage, racisme… vite, tourner la page !

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