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1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 21:44
Même dans l’Allier (Auvergne), une des dernières rivières sauvages de France, les résultats des tests ont été positifs. Jeremy Savel/REA

Même dans l’Allier (Auvergne), une des dernières rivières sauvages de France, les résultats des tests ont été positifs. Jeremy Savel/REA

Cyprien caddeo - Lundi, 31 Juillet, 2017 - L'Humanité

 

Sujet méconnu, la présence généralisée de microplastiques dans les rivières françaises a pourtant de quoi inquiéter sur le plan environnemental.

Huit milliards de tonnes. C’est, selon une étude publiée dans Science Advances, la quantité de plastique que l’homme a produite depuis 1950. Et ce chiffre pourrait passer à 25 milliards d’ici à 2050. L’homme moderne vit plus que jamais à l’âge du plastique, si bien que celui-ci est partout, jusque dans les endroits les plus sauvages.

Les déchets – sacs plastique, bouteilles – qu’on trouve par terre ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Les microplastiques, des particules de quelques micromètres seulement, infestent l’environnement. Invisibles, ils ont envahi tous les cours d’eau de France, au point d’inquiéter la communauté scientifique. « On arrive à des niveaux effarants de pollution au plastique », alerte Vincent Verney. Ce chercheur au CNRS et à l’Institut de chimie de Clermont-Ferrand a mené une étude sur l’Allier (Auvergne), une des dernières rivières sauvages de France, pour y mesurer le taux de microplastiques. « L’Allier est une rivière à saumons qui ne passe pas dans des bassins très industrialisés ou de population très importants. On s’est dit que même si dans cette rivière on trouvait des microplastiques, la situation était grave. Et les résultats ont tous été positifs », explique le chercheur.

 

De multiples causes de pollution

Les origines de ces particules sont multiples. Comme l’explique Vincent Verney, « le terme microplastique englobe plusieurs types de particules, dont les microplastiques primaires, qu’on trouve dans les cosmétiques ». Si cette source de pollution va se tarir, car les microbilles exfoliantes seront interdites en 2020, le chercheur explique qu’« il y a aussi les fibres textiles en polyester, celles-ci ne risquant pas de disparaître puisqu’il faut bien qu’on lave notre linge ». Ni les filtres des machines à laver ni les stations d’épuration n’arrêtent en effet ces particules qui se détachent lors des lavages, et finissent dans les rivières.

 

« Il faut se méfier des effets cocktail »

L’usure des pneus et la peinture des routes en produisent également, qui se déplacent sous l’effet combiné du vent et de la pluie. « Et, enfin, il y a les déchets abandonnés, par négligence ou incivilité, qui vont se désagréger au cours du temps », ajoute le scientifique. « C’est ce qui rend le sujet très sensible, il concerne la plupart des gestes de nos vies quotidiennes », estime Alexandre Schaal, cofondateur de l’association la Pagaie sauvage, qui effectue des prélèvements pour cartographier la présence de ces microplastiques sur le réseau hydrique français. « Pourtant, on ne peut pas l’ignorer, car se baigner en rivière, c’est la certitude d’être exposé à ces particules », prévient-il.

Est-on alors en danger si l’on se baigne en rivière ? [l'interdiction de baignade au plan d'eau de Cournon d'Auvergne et en de nombreux lieux de baignades  auvergnats ont bien l'air de le confirmer ! Ndlr] Il est « trop tôt pour le dire », juge Alexandre Schaal, car l’impact exact sur la santé humaine reste flou. Cependant, l’empreinte néfaste sur les écosystèmes contaminés est avérée. En première ligne, les poissons : des études sur la perche ont montré que les microplastiques bouleversent leur croissance et leur fertilité. Ce qui est inquiétant aussi car ce sont des « aimants à métaux lourds et des fixateurs de perturbateurs endocriniens », rappelle Vincent Verney, pour qui « il faut se méfier des effets cocktail, car les rivières ne sont pas uniquement polluées aux microplastiques mais aussi par les pesticides et les médicaments ». Pour lui, « c’est un phénomène qui va augmenter, surtout qu’on ne va pas arrêter le plastique pour autant : sans lui, pas de cœur artificiel, pas d’ordinateurs… ». D’où la nécessité d’une prise de conscience globale. Le chercheur estime ainsi que, « faute de pouvoir filtrer l’eau ou purifier les sédiments des rivières, nettoyer les gros déchets est une priorité, car ils produisent des microplastiques pendant des décennies ». Cela suppose aussi de recycler et d’arrêter d’abandonner des déchets dans la nature. C’est pourquoi la Pagaie sauvage mise sur l’écocitoyenneté et fait participer des volontaires aux prélèvements. Une manière de sensibiliser le public à la sauvegarde des rivières, pour ensuite interpeller une sphère politique encore terriblement silencieuse.

 

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