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5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 20:44
André Chassaigne : « Les députés de La République En Marche réalisent qu'ils sont des élus de droite »

Vendredi [4 août 2017, Ndlr] ou mercredi prochain, les trois groupes d'opposition de l'Assemblée (France Insoumise, Nouvelle Gauche et Gauche Démocrate Républicaine) vont porter la réforme de la loi Travail devant le Conseil constitutionnel. Une attaque de la méthode Macron et d'un de ces fers de lance, et un nouvel équilibre au sein de l'hémicycle. Entretien avec André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme et président GDR à l'Assemblée. 

Le communiqué de presse est un peu technique. Vous pouvez nous expliquer pourquoi ce recours ? 

La première chose, ce sont les conditions dans lesquelles les discussions ont été conduites entre l'annonce et le dépôt de l'amendement. C'était un délai très restreint qui n'a pas permis d'étudier le texte. Nous avons eu du 29 juin au 3 juillet pour lire le texte. En plus, c'était en plein congrès. On dit que les lois sont trop longues pour être votées, là, ça s'est fait en 11 jours. 

Et puis, deuxième chose, c'est le fond. La question de la séparation des pouvoirs. Par exemple, le juge pourrait être dépassé dans les décisions prud'homales.

La troisième chose, c'est le flou de la loi d'habilitation (loi dans laquelle le Parlement autorise le gouvernement à prendre par ordonnance des mesures qui relèvent du domaine de la loi, NDLR). Trop de flou permettra au gouvernement d'aller trop loin. Plus loin que prévu dans le texte initial. 

André Chassaigne : « Les députés de La République En Marche réalisent qu'ils sont des élus de droite »

C'est une attaque au cœur des promesses d'Emmanuel Macron. 

Bien sûr. C'est la méthode Macron. Aller vite, par ordonnances. Une sorte de pouvoir de l'exécutif sur le législatif. 

Et vous fixez un nouvel équilibre dans l'hémicycle en promettant de nouveaux recours au Conseil constitutionnel à l'avenir. 

La démonstration qu'on peut faire ces recours sans aller chercher la droite. C'est une menace qui va peser sur le fond. Alors que si on se liait à la droite, on ne pourrait qu'attaquer la forme, comme on n'est jamais d'accord sur le fond. C'est un acte fondateur. 

La gauche n'est pas atomisée, mais peut converger vers des combats communs. 

Par contre, vous finissez d'atomiser le PS qui n'est clairement plus la force d'opposition. 

Oui, mais la Nouvelle Gauche, ce sont aussi d'anciens du PS. Mais ça marque un fossé entre le Parti socialiste et le reste de la gauche. L'anti libéralisme peut enfin revenir. 

À noter que nous sommes trois en Auvergne à avoir voté ce recours : Jean-Paul Dufrègne (député de l'Allier) et Christine Pirès-Beaune (députée du Puy-de-Dôme).

Vous êtes l'un des anciens de cette assemblée (élu depuis 15 ans), avez-vous perçu de profonds changements depuis l'arrivée de La République En Marche ? 

Il y a une envolée, mais on ne connaît pas l'atterrissage. C'est un groupe hyper puissant qui impose ses vues. Un groupe soumis aux propositions de Matignon et donc de l'Élysée. Il y a une volonté d'hégémonie et donc de soumission. 

Ils cassent les codes. Comme celui de la tradition du partage des responsabilités. Toutes les vice-présidences de l'Assemblée sont de la majorité. Ça ne s'est jamais vu. Idem dans les commissions. 

Mais je suis persuadé que cette majorité peut se fissurer. On le voit, quand on discute avec les élus de la majorité, le malaise est en train de naître. Certains mangent leur chapeau. Ils réalisent qu'ils sont des élus de droite. 

Propos recueillis par Simon Antony

Journaliste de La Montagne

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Politique Assemblée nationale A. Chassaigne
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