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25 juillet 2017 2 25 /07 /juillet /2017 20:30
Maximilien Robespierre, "L'incorruptible" - Photo : Rue des Archives/Tal

Maximilien Robespierre, "L'incorruptible" - Photo : Rue des Archives/Tal

Sylvie Ducatteau - Lundi, 24 Juillet, 2017 - L'Humanité

Les grands discours de la République. 10 mai 1793, séance de la Convention. Paris

L’homme est né pour le bonheur et pour la liberté, et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être, et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de le rappeler à ses véritables destinées ; les progrès de la raison humaine ont préparé cette grande révolution, et c’est à vous qu’est spécialement imposé le devoir de l’accélérer (...). Jusqu’ici l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre, et la législation le moyen de réduire ces attentats en système : les rois et les aristocrates ont très bien fait leur métier ; c’est à vous maintenant de faire le vôtre, c’est-à-dire de rendre les hommes heureux et libres par les lois (…).

 

L’intérêt du peuple, c’est le bien public ; l’intérêt de l’homme en place est un intérêt privé. (…) Le gouvernement est institué pour faire respecter la volonté générale ; mais les hommes qui gouvernent ont une volonté individuelle, et toute volonté cherche à dominer : s’ils emploient à cet usage la force publique dont ils sont armés, le gouvernement n’est que le fléau de la liberté. Concluez donc que le premier objet de toute Constitution doit être de défendre la liberté publique et individuelle contre le gouvernement lui-même.

C’est précisément cet objet que les législateurs ont oublié : ils se sont tous occupés de la puissance du gouvernement ; aucun n’a songé aux moyens de le ramener à son institution ; ils ont pris des précautions infinies contre l’insurrection du peuple (…).

Nous, malheureux, nous élevons le temple de la liberté avec des mains encore flétries des fers de la servitude ! Qu’était notre ancienne éducation, sinon une leçon continuelle d’égoïsme et de sotte vanité ? Qu’étaient nos usages et nos prétendues lois, sinon le code de l’impertinence et de la bassesse, où le mépris des hommes était soumis à une espèce de tarif, et gradué suivant des règles aussi bizarres que multipliées ? Mépriser et être méprisé, ramper pour dominer ; esclaves et tyrans tour à tour ; tantôt à genoux devant un maître, tantôt foulant aux pieds le peuple (...). Faut-il donc s’étonner si tant de marchands stupides, si tant de bourgeois égoïstes conservent encore pour les artisans ce dédain insolent que les nobles prodiguaient aux bourgeois et aux marchands eux-mêmes ? (...) voilà pourquoi le sein de la patrie est déchiré par les traîtres ! Voilà pourquoi les satellites féroces des despotes de l’Europe ont ravagé nos moissons, incendié nos cités, massacré nos femmes et nos enfants ! Le sang de trois cent mille Français a déjà coulé ! Le sang de trois cent mille autres va peut-être couler encore, afin que le simple laboureur ne puisse siéger au Sénat à côté du riche marchand de grains, afin que l’artisan ne puisse voter dans les assemblées du peuple à côté de l’illustre négociant ou du présomptueux avocat, et que le pauvre, intelligent et vertueux, ne puisse garder l’attitude d’un homme en présence du riche imbécile et corrompu ? (…)

Vous donc, à qui la liberté, à qui la patrie est chère, chargez-vous seuls du soin de la sauver, et puisque le moment où l’intérêt pressant de sa défense semblait exiger toute votre attention est celui où l’on veut élever précipitamment l’édifice de la Constitution d’un grand peuple, fondez-la du moins sur la base éternelle de la vérité ! Posez d’abord cette maxime incontestable : que le peuple est bon, et que ses délégués sont corruptibles ; que c’est dans la vertu et dans la souveraineté du peuple qu’il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. (...) Fuyez la manie ancienne des gouvernements de vouloir trop gouverner ; laissez aux individus, laissez aux familles le droit de faire ce qui ne nuit point à autrui ; laissez aux communes le pouvoir de régler elles-mêmes leurs propres affaires en tout ce qui ne tient pas essentiellement à l’administration générale de la République ; en un mot, rendez à la liberté individuelle tout ce qui n’appartient pas naturellement à l’autorité publique, et vous aurez laissé d’autant moins de prise à l’ambition et à l’arbitraire.

Les tensions sont fortes à l’Assemblée et dans le pays, lorsque Maximilien de Robespierre intervient devant la Convention, le 10 mai 1793. L’ordre du jour est consacré à la nouvelle Constitution, la seconde de la Révolution et de l’histoire de France. La nouvelle Constitution a été rendue nécessaire par le renversement de la monarchie au lendemain de la journée révolutionnaire du 10 août 1792. La Convention adoptera ce qui deviendra la Constitution de l’An I, le 24 juin 1793. Le texte constitutionnel ne sera finalement jamais appliqué, victime du contexte de l’été 1793, lorsque la République fait face tout à la fois aux révoltes contre-révolutionnaires et aux attaques des armées étrangères sur plusieurs fronts. Considérée comme la plus démocratique de France, aucune des quatre Constitutions qui lui succéderont jusqu’à aujourd’hui ne consacrera autant la souveraineté du peuple. Une souveraineté absolue, incarnée par l’article 35 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. » Il s’agit là de l’unique reconnaissance du droit à l’insurrection de l’histoire républicaine. Robespierre, dans son discours du 10 mai, comme il n’a de cesse de le faire devant la représentation nationale, pourfend les représentants du peuple qui se détournent des valeurs et principes de la grande Révolution. Une fois de plus, il fustige ceux qui méprisent le peuple. « Posez cette maxime, leur dit-il, que le peuple est bon, et que ses délégués sont corruptibles ; que c’est dans la vertu et dans la souveraineté qu’il faut chercher un préservatif contre les vices et le despotisme du gouvernement. »

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Histoire Culture et politique
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