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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 21:25
Photos : Joël Saget/AFP

Photos : Joël Saget/AFP

Rappel des faits. Alors que les appels au rassemblementse multiplient, les représentants des forces de gauche ont entamé des discussions. Citoyens et citoyennes prennent la parole.

À quelles conditions le rassemblement à gauche est-il encore possible ?

Un moment historique

par Marie-Jean Sauret, psychanalyste

Anticipons de quelques années. La logique néolibérale débouche sur les catastrophes annoncées. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le clash économique planétaire est cette fois sans recours bancaire, étatique ou privé ; la catastrophe écologique est terrible et ingérable : les eaux ont inondé des pays entiers ; la chaleur est quasi irrespirable sur la surface de la planète ; la majorité des espèces animales et végétales ont disparu ; tempêtes et inondations sont quotidiennes ; le peu d’alimentation en provenance des endroits où l’élevage et l’agriculture ont été préservés est polluée, comme sont pollués l’air et l’eau. La faillite politique est à son comble : rien ni personne n’est susceptible d’imposer la moindre autorité (à quelques îlots dictatoriaux et criminels près) et de fonder les communautés sur la moindre valeur ; les conflits se règlent par la guerre civile, et la guerre est quasi générale. La crise sociale est mondialisée : des peuples entiers migrent, chassés par les guerres, les inondations, la famine, le réchauffement climatique et aucun État, ni aucune ONG n’ont désormais les moyens d’accorder le moindre accueil ou secours ; la pauvreté est généralisée ; le chômage est devenu la règle générale ; la situation sanitaire est cataclysmique, et il y a longtemps que les avantages sociaux et les systèmes de soins sont en faillite…

Voilà le monde que nous construisons pour nos petits-enfants.

Et maintenant, imaginons l’improbable : seuls Marine Le Pen et le Front national disposeraient de la clef de ce problème susceptible d’éviter l’échéance finale. Hésiterions-nous à voter Le Pen ? Les catastrophes annoncées sont en effet pires que Le Pen. Il faut pourtant se ressaisir et se rappeler que la politique de Le Pen participe de la logique de la globalisation qui va déboucher, à moyen terme, sur le tableau apocalyptique ci-dessus.

Mais il convient de se souvenir que le social-libéralisme est, partout où lui et ses proches ont gouverné, responsable des avancées de cette logique, parfois plus que les partis de droite. Jacques Delors a donné à la Communauté économique européenne l’impulsion libérale décisive quant à l’orientation de l’Europe actuelle. Aux États-Unis et dans le monde, Clinton a fait plus que les Bush ; en Grande-Bretagne, Tony Blair plus que Margaret Thatcher ; en France, le second Mitterrand a plus nationalisé que la droite française, et Jospin et Hollande libéralisé plus que Chirac et Sarkozy, etc. Et l’Europe ordolibérale maltraite les Grecs, pactise avec les dictateurs, laisse s’opérer tel ou tel massacre de population, regarde les migrants se noyer…

Alors, si les catastrophes annoncées sont pires queLe Pen, allons-nous agiter le chiffon Le Pen pour se contraindre à rallier Hamon (sauf un accord sur un programme de rupture) et le cortège du PS dont on sait la responsabilité dans la situation actuelle et celle qui pourrait advenir ?

Il n’y a qu’un vote utile, qu’un vote de rupture, qu’un vote qui envisage le dérèglement de la logique néolibérale (à supposer qu’il soit encore temps) : celui de la France insoumise. Le temps n’est plus aux discussions de salon. Untel n’aime pas la personnalité de Mélenchon ? Mais est-ce qu’il préférerait mourir noyé au motif que son sauveteur n’a pas le « look » convenable ? D’où vient cette recrudescence meurtrière du narcissisme (délit de faciès) à cet endroit ?

D’autres font le calcul de gagner l’élection avec Hamon et de se retourner ensuite pour détruire le parti du social-libéralisme : un peu comme si l’on commençait à soigner la patte brisée d’un chien enragé et à attendre qu’il soit remis avant de tenter de l’abattre ! Il s’en trouve même pour dénier la réalité de la menace au motif que nous n’en serons sûrs qu’avec sa réalisation : no comment.

Sans doute le plus grand nombre a peur d’un changement engageant chacun à sa suite. À dire vrai, ce sont sans doute des croyants, ceux qui espèrent gagner du temps en écartant à coup sûr Le Pen au profit de Hamon : dans le temps gagné, Dieu devrait bien faire quelque chose pour sauver sa création, à moins que ne survienne enfin l’homme providentiel !

Aimons-nous la vie ? Pas la nôtre, celle de ceux qui viendront après nous ?

Outre que la catastrophe est imminente et que le temps ainsi gagné est du temps perdu pour l’éviter, il n’y a pas d’autre homme providentiel que celui que nous porterons à la tête du mouvement décidé à changer les choses. De la même façon que les républicains américains qui ont choisi Hilary Clinton plutôt que Bernie Sanders ont de fait choisi Trump plutôt que Sanders, de la même façon choisir un social-libéral plutôt qu’une candidature de rupture revient à préférer Le Pen à Mélenchon.

Il nous revient de créer cette condition d’une chance de survie. Le PCF s’honorerait de ne pas participer au démenti du réel sur lequel nous courons le risque de nous fracasser si rien n’est fait. Au fond, pas d’autres femmes et hommes providentiels que celles et ceux qui auront le courage d’engager par leur vote ce changement de logique, maintenant.

Ne ratons pas ce moment historique et pensons aux générations qui pourraient nous suivre. Ne sacrifions pas l’avenir à notre peur de Le Pen.

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