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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 18:26
André Chassaigne, au centre, à côté de Boris Bouchet, conseiller régional, lors de sa rencontre avec les producteurs de tabac et les salariés de la Seita, dont l’usine de cigarettes est menacée de fermeture. Photo : Jérôme Chabanne

André Chassaigne, au centre, à côté de Boris Bouchet, conseiller régional, lors de sa rencontre avec les producteurs de tabac et les salariés de la Seita, dont l’usine de cigarettes est menacée de fermeture. Photo : Jérôme Chabanne

Aurélien Soucheyre - Lundi, 30 Janvier, 2017 - L'Humanité

 

Le chef de file du groupe Front de gauche à l’Assemblée nationale se représente dans le Puy-de-Dôme. Identifié comme un élu combatif, il bénéficie d’un fort ancrage local. Notre reportage.

« La campagne ? Mais on est tout le temps en campagne. On est constamment sur le terrain, pour être utile aux gens, créer un climat d’action politique et aider ceux que la société rend vulnérables. » Jeudi dernier, André Chassaigne, député PCF et de nouveau candidat dans la 5ème circonscription du Puy-de-Dôme, se préparait à une journée classique, lorsqu’il n’est pas à l’Assemblée nationale. « Je passe la matinée à ma permanence de Thiers. Puis je vais à la rencontre d’un agriculteur qui fait du tabac et des salariés de la Seita, dont l’usine de cigarettes est menacée de fermeture. La véritable campagne des législatives, avec 132 réunions prévues dans les 132 communes de la circonscription, c’est pour plus tard. »

L’élu communiste file à Saint-Laure. « Il faut courir pour le suivre ! » lance un de ses assistants parlementaires. En cette journée où le soleil succède à la neige, l’agriculteur Hervé Rougier lui ouvre la porte avec bienveillance : « Je suis ravi de vous accueillir. Vous êtes connu et reconnu dans le milieu. » La veille, la proposition de loi déposée par André Chassaigne et Huguette Bello, visant à revaloriser les retraites agricoles, avait été adoptée en commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Mais la question du jour, c’est le tabac. « Racontez-moi tout », invite le député.

Hervé, dont les parents faisaient déjà pousser des plans, s’inquiète des projets de la multinationale Imperial Tobacco, qui veut fermer l’usine toute proche de Riom (239 salariés) et prévoit de ne plus acheter aucun tabac cultivé en France à partir de 2018. L’histoire est souvent la même : les savoir-faire sont là, les outils aussi, la rentabilité n’est pas en cause, et ceux qui travaillent sont attachés à ce qu’ils font. Hervé montre les fruits de son labeur et pose sur la table de belles et longues feuilles de tabac, couleur bois. Avec Jean-Louis Duron, cultivateur, et Stéphanie Séguin, de la coopérative Périgord Tabac, ils font exactement les mêmes constats que les salariés et syndicalistes de la Seita, rencontrés juste ensuite par André Chassaigne à Varennes-sur-Morge.

 

« Nous sommes là pour les gens, et ils le savent... »

« C’est une question de santé publique. Le tabac est nocif mais autorisé, donc il faut s’assurer qu’il soit le moins dangereux possible. L’État doit reprendre des parts dans la Seita pour maîtriser le produit final et sa traçabilité », pointent le délégué du personnel Stéphane Allègre et le président du comité de soutien Bernard Pereira. « On sait que la façon dont est cultivée la plante joue beaucoup sur sa nocivité. En usine, des composants interdits en France ne le sont pas dans d’autres pays producteurs. Imperial Tobacco veut aussi fermer son centre de recherche de Fleury-les-Aubrais (Loiret – 87 salariés), qui contrôle les taux de goudron et d’additifs. On se met en situation de ne pas savoir ce qu’il y aura dans les 47 000 tonnes de tabac fumées chaque année en France », poursuivent-ils, alors que la contrebande progresse tous les ans.

Le défi est de taille. La récupération des marques Gauloises ou Gitanes semble exclue, et la création d’une scop, proposant une « cigarette française », se heurte au paquet neutre et à l’interdiction de faire la publicité de la cigarette. « Il nous faut travailler sur un cahier des charges pointu en matière environnementale et sociale pour garantir une production en France », abonde André Chassaigne, avant de rappeler que le plan social prévu en mars risque d’être expéditif depuis la loi travail, en plus de déplorer les 3 millions d’euros de Cice offert par le gouvernement à Imperial Tobacco, sans aucune contrepartie…

Le député cherche déjà un moyen de faire remonter la question à Paris. Mais l’heure est à un retour en permanence. « On articule toujours le local et le national. Répondre aux difficultés ici, c’est souvent répondre à celles du pays », mesure-t-il. Fils d’ouvrier chez Michelin, il a été professeur de lettres et d’histoire-géographie à Saint-Amant-Roche-Savine, dont il est devenu maire en 1983. La commune vibre alors avec le festival Saint-Amant-Rock-ça-vibre. « Dédé », comme tout le monde l’appelle ici, est plébiscité pour plusieurs mandats. « Cette circonscription n’avait jamais été communiste. J’ai été candidat aux législatives pendant vingt-quatre ans avant de gagner. On a progressé à chaque élection de 1978 à 2002. Et ça continue depuis, parce qu’on ne lâche rien, parce qu’on ne fait pas semblant. On est là pour les gens, et ils le savent. On fait avec eux, en co-élaboration. On se bat tout le temps », rappelle-t-il.

 

Plus de 1 000  dossiers individuels sont traités par an, à la permanence

Dans le coin, l’élu se fait souvent interpeller : « Je ne suis pas de votre bord politique, mais vous, vous bougez ! » apprécient les citoyens. À la permanence, plus de 1 000 dossiers individuels sont traités par an, ce qui faisait dire à l’ancien ministre socialiste et ex-sénateur du Puy-de-Dôme, Michel Charasse, que « Chassaigne, c’est un service public à lui tout seul ! » Servir l’intérêt général, c’est ce que les élus n’auraient jamais dû arrêter de réaliser. « Pour faire de la politique, il n’y a pas de secret : il faut aimer les gens », confirme Laurent, assistant parlementaire. « Ici, on reçoit, on écoute, on écrit des courriers personnalisés et circonstanciés, on s’appuie sur les droits des citoyens sans jamais faire de passe-droits. La baisse des services publics et la dématérialisation font que l’on est devenu un relais identifié et indispensable. »

André Chassaigne, qui a coutume de dire qu’« on compte les bouses à la fin de la foire », n’est pas très inquiet pour sa circonscription. L’avenir du groupe où siègent les communistes à l’Assemblée le préoccupe davantage. « C’est jouable. Il nous faut trouver un accord avec la France insoumise et travailler avec eux comme on a travaillé avec Ensemble ! sur ce qui nous rassemble. Ne pas avoir de groupe serait terrible : invisibilité pendant les questions au gouvernement, fin de la niche parlementaire, de la possibilité d’être rapporteur comme Alain Bocquet sur la question de la fraude fiscale… Nous avons fait la preuve de notre utilité lors de ce quinquennat. Nous nous sommes opposés à toutes les lois régressives, en proposant à chaque fois une alternative. Si on avait eu 30 ou 40 députés, le mandat n’aurait pas été le même. Alors si on parvenait à bâtir une autre majorité de gauche et à s’imposer… »

 

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Politique
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