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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 16:58
Colonies israéliennes : une résolution pour quoi faire ?

Par Sacha Atsum, étudiant en science politique à l'Université Paris 1 - Lundi, 26 Décembre, 2016 - Humanite.fr

 

« Cette résolution ne change rien. Plus que ça, elle entretient une double illusion, celle d'un conflit équilibré et celle d'un possible État indépendant. »

Le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté, sur la proposition de l’Égypte, une résolution contre la colonisation israélienne. Celle-ci étant qualifiée de « violation flagrante du droit international et d’obstacle majeur à la réalisation de la solution à deux États » Une adoption d'ailleurs rendue possible par l'attitude des États-Unis qui, pour une fois, n'ont pas opposé leur veto. Et ce malgré les pressions du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et du futur président américain Donald Trump. Si l'on peut a priori se réjouir de toute initiative, peut être aurait-on tort de voir une quelconque avancée dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Plus encore, c'est sa logique même qui pose question.

Selon les mots de François Delattre, l'ambassadeur de la France auprès des Nations unies, la résolution « ne se concentre pas exclusivement sur les colonies. Il condamne également la violence et le terrorisme. Il appelle aussi à éviter toute incitation émanant du côté palestinien, donc c'est un texte équilibré ». Un texte qui s'inscrit plus globalement dans la logique qui prévaut depuis les Accords  d'Oslo.

La logique d'Oslo : mettre à égalité les acteurs.

Entre 1993 et 1995, Israéliens et Palestiniens ont signé une série d'accords créant une Autorité palestinienne à qui Israël devait transférer la souveraineté sur les territoires occupés,  en remettant à plus tard les discussions sur les sujets les plus sensibles (Jérusalem-Est et la question des réfugiés notamment). Ces négociations sont depuis considérées comme le modèle à suivre. C'est en mettant les différents acteurs autour d'une table, reconnaissant des responsabilités partagés et de fait  les concessions à faire de part et d'autre, que la paix adviendra. Une paix avec deux États pour deux peuples.

Une logique qui place donc sur un pied d'égalité les deux parties. Pourtant, la réalité est toute autre. Car depuis la naissance du mouvement sioniste au 19e siècle jusqu'à aujourd'hui, le projet n'a jamais été de partager ce qu'on appelle la Palestine historique. Mais bien d'établir un seul État pour les juifs sur l'ensemble du territoire. C'est pour cela que malgré l'acquisition de la citoyenneté israélienne, les Palestiniens vivant en Israël ont encore aujourd'hui moins de droits que les juifs israéliens, notamment dans l'accès à l'emploi et au logement. Mais mettre au même niveau les deux parties, c'est aussi occulter une  réalité qui dure depuis 1967. Celle d'un État qui occupe et colonise des territoires qui ne lui appartiennent pas, en mettant en place un système discriminatoire institutionnalisé portant le nom d'apartheid. Celle d'un État qui expulse chaque jour des Palestiniens de leurs maisons, qui se réserve le droit de les mettre en détention sans autre forme de procès. Celle d'un État qui bombarde à intervalles réguliers la bande de Gaza, n'hésitant pas à viser des civils. Dans ces conditions comment se féliciter d'un texte équilibré, alors même que le conflit ne l'est pas ?

Un État palestinien possible et souhaitable ? Cette résolution entretient ce qui semble être une autre illusion : celle de la modalité du règlement du conflit, la « si fameuse » nécessaire solution à deux États. Régulièrement, et ce texte ne manque pas de le faire, la création d'un État palestinien indépendant comprenant Gaza et la Cisjordanie avec Jérusalem-Est pour capitale, est présentée comme étant la voie de règlement du conflit. Une voie à préserver. Toutefois, au-delà même de la volonté d'Israël, ce sont les conditions matérielles d'un État matériel qui sont absentes. Depuis 1967, la politique israélienne a conduit au morcellement de la Cisjordanie : colonisation, expulsions voire nettoyage ethnique dans la vallée du Jourdain, restrictions de circulation et construction du Mur ne sont que des exemples parmi d'autres qui montrent une volonté israélienne de mettre à mal les bases d'un éventuel État tout en poussant les Palestiniens au départ en leur rendant la vie sans cesse plus difficile et en détériorant tant que possible le lien social.

Toute une politique qui fait qu'un État indépendant ne serait aujourd'hui pas viable. Comme l'explique Julien Salingue, docteur en science politique, l'occupation a volontairement déstructurée l'économie palestinienne d'alors par sa prise de contrôle par Israël, qui l'utilise en fonction de ses propres besoins. Cette politique qu'il nomme « dé-développement », car visant à saper les bases de tout développement, n'a pas connu de rupture avec les Accords d'Oslo. S'ils ont créé une Autorité palestinienne, celle-ci reste dépendante économiquement et politiquement. Dépendante d'Israël qui choisit ce qui entre et qui sort, et qui peut décider de ne pas reverser les droits de douane à l'Autorité palestinienne, droits de douane représentant 66% de ses ressources. Et dépendante aussi des subventions, notamment de l'Union européenne. Une dépendance qui peut entraîner l'effondrement de l'administration palestinienne, si l'on décidait, comme en 2006, de fermer le robinet. Une politique qui entraîne en outre le développement d'une économie non productive, sans industrie, avec un souci de rentabilité financière à court terme.

Quelle paix, dans quel État ? Cette résolution ne change donc rien. Plus que ça, elle entretient une double illusion, celle d'un conflit équilibré et celle d'un possible État indépendant. Ce qui apparaissait avant comme un compromis pragmatique ne l'est plus. Benyamin Netanyahu n'est pas prêt de signer pour évacuer 600 000 colons, pour céder Jérusalem-Est  et la frontière avec la Jordanie, ou encore pour le droit au retour des réfugiés chez eux. 

Et dans tous les cas ce sont les fondements même de la politique d'Israël et de ses institutions qu'il conviendrait de remettre en cause. Car la paix ne passera pas tant par des compromis, mais avant tout par la satisfaction des droits nationaux des Palestiniens. Satisfaction conditionnée à un changement de paradigme : celui d'un État qui ne donne des droits qu'à une partie de la population à celui d'un État démocratique qui donne les mêmes droits à toute la population sans vouloir être le représentant officiel d'une partie d'entre-elle.

Du coup, pourquoi ne pas appuyer la revendication d'un nombre croissant de Palestiniens, à savoir la liberté et l'égalité des droits au sein d'un même État ?

 

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