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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 22:13
il existe une continuité idéologique entre l’ex-président et son ancien « collaborateur ». Photo : Miguel Medina/Pool/AFP

il existe une continuité idéologique entre l’ex-président et son ancien « collaborateur ». Photo : Miguel Medina/Pool/AFP

Pierre Duquesne - Mardi, 22 Novembre, 2016 – L'Humanité

 

Le premier tour de dimanche s’est bel et bien transformé en vote anti-Sarkozy. « J’ai voté pour lui par conviction en 2007. Même chose en 2012. Mais je voudrais, pour la prochaine élection présidentielle, un candidat qui soit clean et irréprochable », racontait Pascal Barrier, agent de sécurité incendie, en sortant du bureau de vote de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Dès lors que les sondages ont montré que François Fillon représentait une alternative crédible à Nicolas Sarkozy, beaucoup d’électeurs traditionnels de la droite dure se sont déportés sur l’ancien premier ministre. Ce phénomène a sans nul doute été amplifié par le mécanisme de la primaire, qui pousse les électeurs à voter comme au PMU, en choisissant celui qui enregistre une courbe ascendante dans les sondages, ou, à tout le moins, à abandonner les perdants annoncés pour se reporter sur ceux qui peuvent l’emporter. Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire, avec leurs faméliques 2,6 % et 2,4 %, peuvent en témoigner.

Mais si 1,8 million de voix se sont portées sur François Fillon, c’est d’abord et surtout parce que son discours colle à de larges pans de l’électorat de la droite. Dimanche soir, une fois le choc de l’élimination passé, des militants de l’équipe Sarkozy, souvent jeunes et urbains, tentaient de comprendre comment le noyau dur de la droite a pu leur échapper.

Il a pu compter sur les puissants réseaux de la « Manif pour tous »

Par petits cercles, ils refaisaient le film de la campagne, racontant l’arrivée en masse dans les bureaux de vote d’un électorat catholique et traditionaliste séduit pas le « discours sur la famille » de François Fillon. Celui-ci a pu compter sur les puissants réseaux constitués lors des manifs contre le mariage pour tous. Il avait d’ailleurs reçu un soutien décisif de Sens commun, début septembre, après avoir annoncé qu’il s’engageait à réécrire la loi Taubira, notamment en interdisant la filiation établie à l’égard de deux parents du même sexe. Son programme réactionnaire, visant à « redonner une reconnaissance et un statut » aux mères de famille, et son hostilité à l’IVG, « compte tenu de sa foi », a su séduire de larges pans de « l’électorat » catholique… Faut-il rappeler que le ban et l’arrière-ban du parti « Les Républicains » paradait en bonne place dans les immenses cortèges contre le mariage pour tous.

Combien d’anciens électeurs de Nicolas Sarkozy ont-ils été séduits par le discours ultralibéral de celui qui vante les bienfaits de la politique de Thatcher en Grande-Bretagne ? Après avoir vanté le « style présidentiel » de François Fillon, une électrice de Versailles, à la sortie des urnes, insistait sur la fermeté de cet homme « pour négocier avec les syndicats ». Combien de petits patrons et de commerçants sont tombés sous le charme du discours à la Tea Party anti-fonctionnaires, anti-charges sociales et anti-impôt ? Combien rêvent de voir, comme le promet François Fillon, l’impôt sur les sociétés tomber à 25 % ? Le haut patronat, lui, est séduit par son souhait d’attaquer brutalement la Sécurité sociale, inscrit au programme de l’Institut Montaigne et du Medef. Des positions ultralibérales qui collent aux aspirations du cœur de la droite décomplexée, encouragée par la politique de François Hollande, qui leur aura labouré le terrain avec la loi El Khomry et le CICE…

Son discours a fédéré de larges pans de la droite

Ironie de l’histoire, Nicolas Sarkozy n’ a  pas profité dans la primaire des effets du discours sur l’identité nationale et de la peur, venin instillé depuis près de dix ans. Aux outrances grossières de l’ancien chef de l’Etat, les électeurs de droite auront préféré le discours plus policé en apparence de François Fillon. « Le peuple français a besoin d’être rassuré. On leur dit tous les jours qu’on est en guerre, et après ça, on leur parle de double ration de frites et de Gaulois. Cela ne peut pas fonctionner », reconnaissait Gilles Mouny, demandeur d’emploi et militant pro-Sarkozy en Seine-et-Marne, au soir de la défaite. François Fillon, lui, a été plus subtil avec son livre Vaincre le terrorisme islamique. « Il n’y a pas de problème religieux », a-t-il expliqué au Figaro, avant d’ajouter toutefois « qu’il y a un problème lié à l’islam ». Et ce catholique revendiqué de répéter à l’envie qu’il était un fervent soutien des chrétiens d’Orient. C’est peut-être ce qui explique comment le fan de course automobile a réussi à doubler sur sa droite Nicolas Sarkozy jusque dans ses fiefs, comme à Nice. Même chose à Nîmes (47,5 %), Marseille, et dans tout l’arc méditerranéen. « Non, la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord », avait déclaré cet été l’ex-premier ministre, s’inscrivant ainsi comme l’héritier du discours de Dakar de Nicolas Sarkozy.

Les séismes politiques, comme les tremblements de terre, ont toujours pour origine une tectonique des plaques. Des années de discours identitaires et ultralibéraux ont fini par radicaliser encore un peu plus le noyau dur de la droite, à qui s’est principalement adressé François Fillon. Quatre millions de participants, c’est beaucoup, mais c’est encore loin des 16 millions de suffrages récoltés par Nicolas Sarkozy au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2012…


 

Une « nouvelle campagne commence », promet l’équipe Juppé
Largement distancé (28,6 %), Alain Juppé  n’a pas renoncé  à la victoire. Il se rendra  à Toulouse, aujourd’hui, pour tenter de faire le plein de voix centristes du Sud-Ouest, en compagnie de Jean-Christophe Lagarde. « Une nouvelle campagne commence », promettent les soutiens d’Alain Juppé, qui veulent attaquer François Fillon sur son projet, après avoir axé leur campagne contre Nicolas Sarkozy. « Pendant trois mois, François Fillon  a été un peu à l’abri, personne ne l’a attaqué. On va le recoller à son bilan », explique-t-on dans son entourage. « Cela reste jouable, les gens sont capables  de changer  de vote en 24 heures », croit un élu centriste.  Le député Hervé Mariton compte dénoncer des « orientations diplomatiques »  de François Fillon.  Ils s’affronteront  dans un dernier débat télévisé, jeudi.

 


 

 

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Politique
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