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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 20:00
Face au privé, l’État pigeon consentant !

Pia de quatrebarbes - Jeudi, 29 Septembre, 2016 - Humanité Dimanche

 

Autoroutes, ligne Charles-de-Gaulle Express, privatisation des aéroports… L’argent public coule à flots au profit d’entreprises du privé. Incompétence de l’État ou, dans l’opacité la plus totale, stratégie de cadeaux aux copains ? L’intérêt général y perd, les usagers en font les frais, mais les sociétés autoroutières,les grosses entreprises du BTP, elles, y gagnent. Démonstration en trois exemples.

Ce n’est pas la peine de négocier avec les sociétés concessionnaires d’autoroutes, ça « prendrait trop de temps » ! C’est ainsi que le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, a justifié, le 18 septembre, le lancement de « 30 opérations » sur les autoroutes. Pour ces raccordements ou aménagements d’aires, Vinci et Eiffage, mastodontes du BTP, et l’espagnol Abertis, qui exploitent le réseau, ne mettront pas la main à la poche. La facture de 1 milliard sera à la charge des collectivités et usagers, qui verront encore les péages augmenter (de + 0,3 % à + 0,4 % entre 2018 et 2020).

Sur les autoroutes, les aéroports ou les partenariats public-privé (PPP), les gros du BTP font toujours plus de cash, au détriment des contribuables. Le cas des autoroutes est particulièrement caricatural (lire encadré). Ce système ne « permet pas de garantir que les intérêts des usagers et de l’État sont suffisamment pris en compte », assénait la Cour des comptes. L’ARAFER, la nouvelle autorité de transports, se plaignait en juillet de ne pas avoir accès à tous les documents, et donc de ne pouvoir exercer un réel contrôle.

L’État défend jalousement le secret qui entoure ses relations avec ces entreprises privées. Raymond Avrillier en sait quelque chose. Cet écologiste, ex-adjoint au maire de Grenoble, s’est intéressé au plan de relance autoroutier, signé en avril 2015. Le gouvernement a bien publié les avenants aux contrats, mais pas les annexes dans lesquelles se cachent les détails financiers… « le nerf de la guerre », explique-t-il. Le 13 juillet, le tribunal administratif a donné trois mois au gouvernement pour les publier. Mais Bercy s’est pourvu en cassation.

Idem pour la privatisation de l’aéroport Toulouse-Blagnac, où le gouvernement a conclu un « pacte d’actionnaires secret » avec l’investisseur minoritaire (49,9 %), le chinois Casil (lire encadré). Dans les partenariats public-privé, « à chaque fois, est invoqué le secret industriel ou commercial. Pourtant, il n’y a pas d’innovation technologique pour construire une piscine. Il s’agit seulement d’organiser l’opacité », explique Nicolas de La Casinière, qui a enquêté sur Vinci et les PPP (1).

Pourquoi ces arrangements ? La mission parlementaire, réunie en 2014 sur les autoroutes, parlait d’un « entre-soi d’ingénieurs ». Même formation, même classe sociale, même logiciel libéral. Les allers-retours entre privé et public sont légion. Le conseiller aux transports de Manuel Valls est Loïc Rocard, fils de Michel, mais surtout ex-directeur de Cofiroute, SCA de Vinci. Le PDG de Vinci, Xavier Huillard, a commencé au ministère de l’Équipement. Bref, dans les ministères, les gros du BTP ont de solides relais.

Ils en sont tous convaincus : le privé fera mieux et l’État doit se concentrer sur quelques missions régaliennes. En asséchant les finances publiques, la crise leur a ouvert la voie. À chaque fois, il n’y aura pas d’argent public, promettent-ils… quitte à bricoler. Ou à ce que, au final, ça coûte bien plus cher à la puissance publique comme avec les PPP (Partenariats Public Privé).

Raymond Avrillier y voit aussi une sorte d « impôts cachés » au profit des gros du BTP. « On maintient des entreprises françaises qui se font du profit en France pour aller remporter des marchés à l’international. L’économie de ces entreprises est portée par des impôts payés par les usagers. » C’est cadeau !

(1) « Les Prédateurs du béton, enquête sur la multinationale Vinci » (2013) et « Services publics à crédit. À qui profitent les partenariats public-privé (PPP) ? » (2015). Éditions Libertalia, 8 euros chacun.

 

 

 

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