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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 20:16

Alors que montent partout dans le monde des oppositions à une mondialisation capitaliste fondée sur le dumping social, environnemental et plus de destruction de biens produits comme de capital productif, le Fonds monétaire international (FMI) affirmait dans une récente déclaration que « l’économie mondiale a bénéficié de manière formidable de la mondialisation et des changements technologiques.

Cependant, les perspectives sont de plus en plus menacées par des politiques économiques contrées sur des préoccupations d’ordre interne, y compris des mesures protectionnistes, et à cause d’une panne des réformes structurelles», grince le FMI. Mais qu’en est-il réellement ? Voyons comment les choses se passent dans le secteur agricole.

 

Dans l’Union européenne, les quotas laitiers, mis en place en 1984 pour mettre fin au gâchis de la surproduction laitière, ont adapté l’offre à la demande du marché et permis aux producteurs de vivre correctement du prix du lait durant trois décennies. Mais, se soumettant à une pression de longue date de la Commission européenne, les pays membres de l’Union décidaient dès 2010 de mettre fin à ces quotas régulateurs à partir d’avril 2015. On promettait alors aux producteurs de lait européens un accès quasi illimité au marché mondial grâce au libre échange tel que le préconisent le FMI et l’OMC (organisation mondiale du commerce).

 

En vue de conquérir ces nouveaux marchés, la production laitière européenne a augmenté de 4% entre 2014 et 2016. Sauf que les nouveaux marchés n’ont guère été au rendez-vous. Du coup, les laiteries ont baissé de 20 à 30% le prix du lait payé aux éleveurs, lesquels avaient le choix entre accepter ces prix ou ne pas être collectés. Depuis, les ministres européens de l’Agriculture en sont à bricoler la mise en place de système consistant à donner des primes pour des volumes de lait non produits dans les prochains moins afin de tenter d’adapter très provisoirement l’offre à la demande.

 

Ce bricolage à la petite semaine n’empêche pas la situation des producteurs de lait de s’aggraver en France comme dans les pays voisins. Les prix restent durablement bas et des éleveurs vendent plus de vaches de réformes que prévu avec le double souci d’avoir moins d’animaux à nourrir et de faire rentrer un peu d’argent pour payer les factures que le trop bas prix du lait ne permet plus d’honorer. A son tour, ce surcroît de viande bovine mis sur un marché atone débouche sur une baisse du prix des animaux de boucherie vendus par les éleveurs. Ceux qui sont spécialisés dans les races à viande subissent ainsi le contrecoup de la crise laitière et ont de plus en plus de mal tirer un revenu de leur métier.

 

Si la concurrence mondialisée frappe durement les producteurs de denrées alimentaires français et européens, elle n’épargne pas non plus leurs concurrents. Aux Etats Unis, selon le département américain de l’Agriculture(USDA), la baisse du revenu paysan en 2016 serait de 11% par rapport à 2015 et de 42% par rapport en 2013. Bien que près d’un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim dans le monde, la production mondiale de céréales, de viande et de produits laitiers est supérieure à la demande solvable. Dès lors, on spécule à la baisse dans les salles de marché sur le prix du blé, du maïs, du beurre, de la poudre de lait, de la viande bovine et porcine.

 

Concernant le porc justement, le prix du kilo de carcasse évoluait entre 1,15€ et 1,28€ durant les vingt premières semaines de 2016 en France alors qu’il fluctuait entre 1,45€ et 1,60€ durant la même période en 2014. Il a suffit de l’embargo russe sur les produits agricoles européens en guise de rétorsion contre les sanctions européennes pour mettre nos éleveurs en difficulté. Depuis quelques semaines, les cours sont repassés au dessus de 1,50€ parce que la Chine a sensiblement augmenté ses achats. Mais on ne sait pas combien de temps cela durera. Ce sont là les incertitudes du commerce international cher au FMI et à l’OMC. 

 

En France, il suffit de lire les courbes des graphiques pour voir les cours du blé tendre traîner depuis des semaines autour de 159€ la tonne, le maïs à 156€ la tonne. Avec de tels prix, inférieurs de 35€ par tonne à ceux de janvier 2015, c’est le revenu du producteur qui disparait dans bien des cas. Dans les deux régions céréalières que sont le Centre et la Bourgogne, une étude révèle que seulement 10 à 15% des agriculteurs spécialisés en grandes cultures ont cette année un revenu disponible positif après la récolte une fois couvert l’ensemble des coûts de production. Tous les autres sont dans le rouge. 

 

Dans les Landes, où le maïs sert surtout à engraisser les volailles, Christophe Mesplède, président départemental du MODEF, écrit cette semaine dans l’hebdomadaire départemental « Les Informations agricoles » suite à une cession de la chambre d’agriculture qui s’est penchée sur les chiffres : « Les deux tiers des exploitations au réel (bénéfice réel après certification des comptes par l’expert comptable, NDLR) ont enregistré un revenu inférieur à 4.250€ en 2015. Cet indicateur a de quoi inquiéter du monde, d’autant plus que l’année 2016 ne s’annonce guère mieux ». 

Pour avoir fait face à des conditions climatiques difficiles durant trois semaines de la fin mai à la mi-juin, les céréaliers français ont vu leurs rendements baisser de 30% en moyenne par rapport à l’an dernier. En plus des prix bas imputables à une récolte mondiale plus forte que la demande pour la troisième année consécutive, ils n’ont que de faibles volumes à vendre à petits prix.

 

Le FMI et l’OMC voudraient nous occulter la spéculation permanente dans les salles de marché sur tout les matières premières qu’il s’agisse du blé, du lait de la viande du pétrole, du gaz, du cuivre ou des autres métaux. On spécule à la baisse quand l’offre dépasse la demande et à la hausse quand apparaît le moindre risque de pénurie. Dans des économies dignes de pays civilisés, le bon sens voudrait que les décideurs politiques usent de leur pouvoir pour réguler l’offre afin de l’adapter à la demande. Pour les céréales il suffit de gérer des stocks publics de sécurité d’une année sur l’autre pour parvenir à ce résultat. Pour les produits laitiers, les quotas européens avec des volumes produits par pays on joué ce rôle pendant 30 ans.

 

Voilà qui mériterait un vrai débat de société à l’approche de l’élection présidentielle en France. Cela aurait plus d’intérêt que de voir Bruno Le Maire dire aux lecteurs du Journal du Dimanche pourquoi il porte ou non une cravate selon les circonstances. Ce serait aussi plus utile que de voir Sarkozy dans un rôle du héros autoproclamé déclarant dans le même hebdomadaire : « la colère des Français est telle que si je ne suis pas son porte parole (de la colère, NDLR) , si je ne fais pas rempart, on, va avoir un problème très fort ».

Au fait, Sarkozy, Fillon et Le Maire dirigeaient la France en 2008 quand fut votée la Loi de modernisation économique(LME) qui a fait baisser les prix agricoles en donnant les pleins pouvoirs aux distributeurs pour piller les paysans. Ils étaient là aussi quand la France a approuvé la sortie des quotas laitiers décidée en 2010 au niveau européen.

 

Du mauvais usage par le FMI d’une mondialisation qui ruine les paysans

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