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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 22:10
AFP

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La chronique de Francis Wurtz (*).

 

La foi des Kurdes dans la démocratie et dans les valeurs progressistes qu'ils portents est plus forte que la folie des islamistes radicaux.

 

Jusqu’où les dirigeants occidentaux laisseront-ils s’aventurer leur allié Erdogan ? La guerre que vient de lancer le président turc contre les Kurdes de Syrie ne vise ni plus ni moins qu’à stopper l’offensive victorieuse de leurs combattants et combattantes contre le groupe « État islamique ».

Il y a juste deux ans, lorsque Daech, alors invaincu, avait déferlé sur la ville kurde de Kobané, le maître d’Ankara avait déjà bloqué ceux qui voulaient leur venir en aide, espérant sans doute leur écrasement par les islamistes surarmés. On sait ce qu’il advint : le « Stalingrad kurde » se conclut par la déroute des assaillants et révélait au monde entier l’indomptable courage, la détermination totale et finalement l’efficacité impressionnante des combattantes et des combattants kurdes liés au PYD de Syrie. À l’issue d’une bataille acharnée et réputée ingagnable, ils remportaient – au prix de lourds sacrifices – la première victoire contre le groupe « État islamique ». Devenus, dès lors, une cible privilégiée de Daech, ils poursuivirent leur combat avec d’autant plus de bravoure que l’enjeu n’était autre que la libération de leur territoire et l’émancipation de leur peuple. Comme l’exprime avec ses mots justes l’écrivain Patrice Franceschi après un séjour prolongé à leurs côtés : « Les Kurdes, c’est la démocratie contre la théocratie ; la laïcité contre les religieux ; le Code civil contre la charia. Ils mènent un combat existentiel. (...) Leur foi dans la démocratie et dans les valeurs qu’ils portent est plus forte que celle des islamistes radicaux qui les combattent. »

En tout cas, force a été de reconnaître dans les chancelleries occidentales que les seules troupes au sol capables de faire reculer la milice islamiste étaient les Kurdes du PYD. C’est ainsi qu’ils gagnèrent le soutien militaire direct – et a priori improbable ! – des États-Unis et la reconnaissance officielle (tout aussi inattendue...) de François Hollande, qui reçut à l’Élysée des combattantes de Kobané avant d’accepter l’ouverture à Paris d’une représentation du Rojava, la région kurde, autonome de fait, au nord de la Syrie, près de la frontière avec la Turquie.

Depuis, l’on a eu – à tort – tendance à banaliser les succès répétés des combattants et des combattantes kurdes – avec leurs alliés, notamment arabes, au sein des « Forces démocratiques syriennes » – contre Daech. Encore le 12 août dernier, après des semaines de combats acharnés, ils ont remporté une nouvelle bataille de portée stratégique contre la milice islamiste à Manbij. Un succès majeur, payé au prix fort par ce peuple décidé à chasser l’envahisseur. Le prochain défi était de libérer l’un des derniers bastions de Daech dans la région Al-Bab, avant de livrer la bataille décisive contre le groupe islamiste dans sa « capitale » en Syrie : Raqqa.

C’en était trop pour Erdogan, tout à son obsession d’empêcher les Kurdes de Syrie de constituer, à la frontière avec la Turquie, une région kurde autonome et unifiée dans une future Syrie fédérale. Il est vrai qu’une telle entité, pratiquant l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité et le respect des minorités, serait un mauvais exemple dans la région ! Fort d’un feu vert honteux arraché in extremis à Washington, le néo-sultan, en lançant ses blindés dans le Rojava, vient de planter un coup de poignard dans le dos des meilleurs combattants anti-Daech.

La France, l’Europe, le monde vont-ils se taire et laisser faire ? Mesurons ce que nous devons aux Kurdes de Syrie !

(*) Député honoraire du Parlement européen.

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