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4 août 2016 4 04 /08 /août /2016 16:39
Le général Alberto Bayo avec Fidel Castro

Le général Alberto Bayo avec Fidel Castro

Jean Ortiz - Mercredi, 3 Août, 2016

 

Sans la Guerre d’Espagne Fidel Castro et le Che seraient-ils devenus aussi experts en guérilla ? Tous deux, comme les 82 « expedicionarios » du rafiot « Granma », suivirent assidument les cours, magistraux, et les « travaux pratiques », d’un général républicain espagnol exilé au Mexique : le général Alberto Bayo. Un personnage de roman ; une « figura ».

Alberto Bayo naquit à Cuba (Camaguëy) en 1892, et y décéda (La Havane) en 1967... la boucle bouclée.

Il grandit en Espagne où, citoyen espagnol, il fut officier pendant la Guerre, au service du gouvernement républicain. Il se rendit célèbre par le débarquement à Majorque le 16 août 1936, combattit à Brunete... et finit général.

Rencontre au Mexique

Après la victoire franquiste, il s’exile à Cuba, puis au Mexique, où il devient titulaire de la chaire « Aérodynamique et navigation aérienne » de l’École d’Aviation de l’Armée mexicaine. Il possède même une fabrique de meubles dans le district « Portales » de la capitale. Il donne également des cours de français et d’espagnol. Histoire de mettre du beurre dans les « frijoles ».

Un beau jour de juillet 1955 frappe à sa porte un colosse à lunettes, passionné, visionnaire, qui lui demande de l’aider, à temps plein, et d’entraîner à la guérilla le petit groupe de futurs combattants qu’il a rassemblé à Mexico afin de renverser Batista. Le projet paraît insensé. Fidel a 32 ans et Bayo 60.

Bayo hésite un temps puis se lance dans l’aventure. Il vend même sa fabrique pour devenir assesseur en guérilla des « 82 » volontaires cubains. C’est dire s’il y croit et la confiance que lui inspire Fidel... Ce dernier lui renvoie toute sa confiance comme il l’assure à Ignacio Ramonet dans « Fidel Castro. Biographie à deux voix ».

Fidel loue à un ancien compagnon de Pancho Villa une grande ferme à La Rosa (El Chalco), à une quarantaine de kilomètres de Mexico, pour pouvoir s’y entraîner intensivement au tir, avec 55 viseurs télescopiques, aux techniques de guérilla apprises en Espagne par Bayo, et synthétisées dans le « Manuel de guérilla » écrit par ce dernier. La propriété-camp d’entraînement s’étend sur une surface de 8km sur 16. De quoi tirer en toute quiétude. Les apprentis guérilleros se montrent assidus, bons élèves, « le meilleur », selon Bayo, étant le Che, malgré ses limites physiques d’asthmatique. Chaque fin de semaine, il entreprend de gravir le volcan Popocatepetl (5482 m), le « Popo » mais s’étouffe et n’y parvient pas. Entêté, il recommence. Le rouge général dit de l’Argentin : « c’est un Quichotte d’aujourd’hui ». Le Che admire Bayo et le considère comme son maître ; il ajoute : Bayo «  n’a peur que d’une chose : que la mort l’empêche de voir sa patrie, l’Espagne, enfin libérée ».

Le vaillant général meuble ses soirées en jouant aux échecs avec le Che et en écrivant des poésies et de nombreux ouvrages sur son parcours, dont « Mon apport à la révolution cubaine » édité en 1960 par l’Armée révolutionnaire cubaine.

Après quelques mois de cours intensifs, la police mexicaine découvre le camp d’entraînement. Elle emprisonne Che et Fidel en juillet 1956. Interrogé par un gradé qui lui demande s’il est communiste, Che lui répond crânement : « oui, je suis communiste », alors même que la presse mexicaine, toujours aux ordres, les présente comme de dangereux révolutionnaires. Ils seront libérés grâce à l’intervention de l’ancien président de la République Lázaro Cárdenas.

Bayo est tellement convaincu que malgré son âge Fidel l’embarquera sur le « Granma », qu’il se soumet à une véritable grève de la faim afin de perdre du poids. Le papy guérillero sera recalé. Il rentrera à La Havane après la victoire des « barbudos » (le 1er janvier 1959). Il sera fait « comandante », puis général des FARC.

Fidel dira de lui : « toute sa vie il a été un tempérament bien trempé et un personnage d’exception ».

 

Jean Ortiz


 

 

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