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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 23:18
Photo Patrick Kovarik/AFP

Photo Patrick Kovarik/AFP

Lionel Venturini - Jeudi, 7 Juillet, 2016 - Humanite.fr

 

Le chef de l’Etat, dans son hommage aux Invalides, jeudi, à l’ancien premier ministre disparu, n’a pas hésité à se réclamer de lui, parsemant son discours d’allusions à sa propre situation politique, dans une tentative de récupération. 

Pauvre Michel Rocard, qui fut de son vivant usé et utilisé par François Mitterrand, et à l’heure de l’hommage national rendu jeudi aux Invalides, convoqué post-mortem par François Hollande pour en asseoir les choix. Etrange hommage en effet du président de la République qui, s’il salua chez l’ancien premier ministre, « une grande et belle figure de la République », un « homme politique audacieux », un « chef de gouvernement courageux qui a imposé une méthode et mené des réformes difficiles », « un intellectuel brillant », voulut aussi instrumentaliser sa dépouille. « À l'épreuve des faits, qu'a-t-il montré ? déclara François Hollande. Que le compromis n'est pas une faiblesse, que la négociation n'est pas un défaut de volonté, et qu'on obtient toujours plus par le dialogue que par la confrontation. » Les députés de gauche apprécieront, au lendemain de l’application de la procédure du 49-3 sur la loi travail, cet hommage au dialogue. « En même temps, pour lever les blocages, ajoute François Hollande dans un écho direct à l’actualité, il n'a pas hésité à recourir aux procédures prévues par la Constitution, et à 28 reprises, il a dû engager la responsabilité de son gouvernement pour faire adopter des textes essentiels ». Une comparaison qui jette un voile pudique sur les circonstances d’alors : le gouvernement, contrairement à 2016, et même si cela ne justifie pas le recours systématique au 49-3, n’avait pas la majorité à l’Assemblée.
 
Poursuivant son discours aux Invalides, après la cérémonie le matin même dans un Temple protestant parisien, et avant un hommage rue de Solferino par les socialistes, le chef de l’Etat mêle encore hommage à l’homme politique disparu et message subliminal à destination des vivants : « Théoricien de la "deuxième gauche" », Michel Rocard « pouvait être sévère à l'égard de la première », mais savait « que les deux gauches devaient s'unir pour gouverner » et « jamais il n'a joué contre sa famille politique, même quand il a fallu qu'il s'efface devant François Mitterrand. C'était là son honneur », déclare-t-il, dans une allusion claire à l’actualité. François Hollande rappelle aussi que, dans un rapport intitulé « Décoloniser la province », Rocard avait recommandé de ne garder que « quelques régions et une seule métropole ». « Nous sommes là aujourd'hui, il aura fallu 50 ans pour y parvenir », poursuit le président. Le chef de l'Etat, malmené dans les sondages, a convoqué à la rescousse de sa propre personne le « respect du temps long » qu’avait Rocard. « Rien n'était pire à ses yeux que l'immédiateté, celle qui saisit les responsables politiques, qui confondent le quotidien avec la durée d'un mandat, celle des médias qui pensent qu'un feuilleton fait une histoire », met en garde Hollande, à l’heure bientôt de son propre bilan. 
 
Retrouvant enfin des accents oubliés depuis le discours du Bourget de 2012, François Hollande a salué chez Rocard un homme qui n'a « jamais cru que la politique devait se soumettre à l'économie » et « a toujours regardé le marché comme un mécanisme au service de la société, non comme un principe d'organisation ». C’est tout le paradoxe là chez François Hollande de l’hommage à la vertu qu’il croit percevoir, quand il lui tourne le dos. [On croit rêver, non ? Ndlr]
 
 L’hommage (plus qu') intéressé de Hollande à Michel Rocard !
 L’hommage (plus qu') intéressé de Hollande à Michel Rocard !

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Politique
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