Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 11:33

Après le cri d’alarme poussé par l’OCDE sur la croissance mondiale, l’économiste démontre l’inefficacité des politiques mises en place et prône l’instauration d’un système de sécurité emploi-formation. Entretien.

Dans son cri d’alarme, l’OCDE critique les politiques de baisse du coût du travail, avez-vous été surpris ?

Denis Durand C’est une manifestation d’inquiétude, un cri d’alarme face aux perspectives économiques à court et long terme, qui a du poids venant d’un organisme qui inspire les politiques des grands pays industrialisés. Dans son rapport, l’OCDE explique le cercle vicieux de ces politiques qui pèsent sur la demande, sur l’investissement, qui rendent l’appareil productif inefficace et freinent les gains de productivité.

 

Pourtant, l’OCDE appelle les États à poursuivre les réformes structurelles sur le marché du travail et approuve le projet de loi El Khomri...

Denis Durand Il y a dans ce rapport une lucidité. En revanche, il n’y a pas de volonté à rechercher une solution à la crise. Celles qui sont proposées n’ont qu’un seul but : préserver les systèmes de pouvoir existant et en particulier le pouvoir des marchés financiers. Or, l’OCDE avait elle-même montré que la libéralisation du marché du travail n’avait pas les effets mirifiques sur la productivité et la croissance qu’on lui prête.

 

En opposition, vous proposez un système de sécurité d’emploi et de formation et vous proposez d’adopter une loi dans ce sens. En quoi est-ce une réponse à la crise d’aujourd’hui ?

Denis Durand Sécuriser l’emploi, les salaires et développer la formation, cela ne peut que permettre une meilleure efficacité de l’appareil productif. Cela passe par de nouveaux droits des travailleurs pour mobiliser les moyens financiers au service de ces objectifs, ce qui suppose d’agir pour baisser le coût du capital. Car, lorsque l’OCDE dit que le coût du capital est faible, ce n’est pas vrai. La part des profits dans la valeur ajoutée est très élevée depuis que les marchés financiers ont pris le pouvoir, au début des années 1980. À l’inverse, développer les dépenses pour l’emploi efficace, donc la valeur ajoutée, c’est bon pour les salaires, et cela facilite le prélèvement d’impôts et de cotisations sociales pour financer les services publics.

 

Comment ?

Denis Durand Il faut changer les critères qui guident la gestion des entreprises et le choix des dépenses publiques. Dans les services publics, il faut embaucher des enseignants, des infirmières, des policiers, des juges et tous ces nouveaux métiers dont nous aurons besoin pour faire face à la révolution informationnelle, à la transition écologique, à l’allongement de la vie… plutôt que d’ajouter des dizaines de milliards d’euros dans les subventions aux patrons, comme le crédit impôt compétitivité emploi. Or, il ne faut pas attendre des marchés financiers qu’ils financent le développement des services publics mais il y a une autre solution : mobiliser les milliards d’euros créés par la Banque centrale européenne. La semaine dernière se tenait la première conférence de presse, à Paris, d’une campagne européenne appelée « Quantitative easing pour le peuple » qui regroupe de nombreux économistes et militants d’horizons très variés, et qui revendique que le contrôle de la création monétaire revienne aux citoyens et non aux financiers. On ne parle donc pas ici d’utopie mais d’une bataille politique de grande actualité.

 

Partager cet article

Repost 0
L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château
commenter cet article

commentaires