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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 23:01
Brexit : ceux qui rient, ceux qui pleurent !

Jean-Jacques Régibier - Samedi, 25 Juin, 2016 - Humanite.fr


 

Le Oui à la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne entraîne un flot de commentaires, répétition, la plupart du temps, de ce que disaient les mêmes avant le scrutin. De quoi s’interroger sur la nature réelle de « l’événement ». Revue de détail des réactions chez les députés européens.

Disons tout de suite que rien ne permet a priori à personne d’avoir un avis plus autorisé qu’un autre sur ce qu’il faut penser du Brexit. On est là dans le registre des «  positions » dont on sait, depuis que Vatsyayana [Vâtsyâyana est un auteur de l'Inde médiévale (autour du Ve siècle). Il est connu comme étant l'auteur du Kâmasûtra, Ndlr] nous l’a révélé, qu’elles sont nombreuses, mais à la longue, un peu répétitives quand même, surtout quand on n’en change pas. A ce titre les commentaires sur le referendum britannique appartiennent à tout le monde. Simplement, le panorama qu’on peut en dresser, notamment du côté des députés européens tout de même spécialisés dans les questions européennes, en apprend un peu plus sur la manière dont les uns et les autres tirent ou non, les marrons du feu. Chacun peut ensuite extraire de ce grand marché des opinions ce qui est bon pour son propre usage.

 

Les réactions au Brexit s’ordonnent autour de trois chapitres en forme de questions :

  • Qu’est-ce qui explique ce Non à l’Europe des Britanniques ?

  • Quelles en seront les conséquences ?

  • Que faut-il faire maintenant ?

C’est sur cette dernière question qu’élus et responsables politiques européens sont généralement les plus prolixes, chacun rivalisant d’idées pour faire bonne figure dans une conjoncture que les médias dominants en phase de recyclage, décrivent comme «  historique », un mot bien utile et qui ne reste jamais longtemps au placard ( la dernière fois qu’il a été employé, c’était à propos des pluies du mois de juin ).

 

L’extrême-droite revendique la victoire

Pris un peu au dépourvu à une heure matinale, les responsables des médias dominants n’ont en général pas trouvé de meilleure idée que d’appeler pour une «  réaction », les députés européens du Front national. A tel point que même l’ancienne patronne du MEDEF ( ! ), Laurence Parisot,  s’en est émue, c’est dire. « Insupportable de constater que tous les médias français se précipitent pour tendre le micro ce matin aux représentants du FN », a-t-elle martelé, regrettant sans doute qu’on ne lui tende pas à elle.

 

Ce qui est certain, c’est que ce choix n’est pas neutre : convoquer les élus du F.N pour commenter le vote, c’est les désigner d’avance comme les vainqueurs, donnant à ce vote une signification d’extrême-droite, et mettant le F.N. au centre du jeu politique. Les vainqueurs ne se sont bien sûr pas fait prier, bien que souvent mal réveillés, pour venir dire à la France entière sous des éclairages approximatifs: 1/ que le vote du Brexit les confortait dans leurs positions de quitter l’Europe 2/ qu’il fallait organiser le même referendum en France. Rapidement, tous les partis d’extrême-droite en Europe ont réclamé la même chose pour leur pays, c’est ce que les médias appellent « l’effet domino ». Abattre ce qu’il reste de l’Europe semblerait donc aujourd’hui à portée de main de l’extrême-droite européenne, si l’on en croit ses représentants. Effet collatéral : les rangs de l’extrême-droite au Parlement européen seront désormais allégés des 24 députés de l’UKIP de Nigel Farage, qui se présente lui-même au Royaume Uni comme le vainqueur quasi exclusif du Brexit. C’était la principale composante du groupe parlementaire surnommé - défense de rire - « Europe de la liberté et de la démocratie », que Marine Le Pen avait pourtant bien eu du mal à constituer, et à qui il pourrait désormais manquer des troupes. Il y a là un inconvénient burlesque qui n’échappera à aucun comique professionnel : entrer dans un Parlement tout en voulant en même temps en sortir.

 

Les déçus « mous »

C’est la catégorie de loin la plus nombreuse au Parlement européen. Elle regroupe aussi bien le droite ( PPE ) que la gauche ( Socialistes et Démocrates ). Leur plus petit commun dénominateur: 1/ la déception 2/ un commentaire désabusé sur les aléas du vote populaire ( s’ils ont choisi, c’est qu’il sont libres, c’est toujours ça ) 3/ l’appel à faire de ce vote un «  électrochoc «  pour « refonder l’Europe ». Comment et sur quoi, ça reste vague. 4/ des arrières pensées nationales à peine camouflées.

 

Ainsi Alain Lamassoure pour la version droite ( PPE ) : « Il y a eu trop de ratés, trop de temps perdu, trop de résultats décevants après trop d’enflure dans les annonces. Le moment est venu de poser la question de confiance entre Européens sur ce que nous attendons de la vie commune. Quels sont ceux qui se satisfont de l’Europe réduite à un grand marché ? Quels sont ceux qui sont désireux d’engager enfin une vraie Europe politique, dans les domaines où elle est nécessaire, et seulement dans ceux-là ? ( … ) « Encore faut-il que la France soit à nouveau dirigée d’une main ferme, et qu’elle soit remise en ordre de marche, etc… »

 

Version gauche ( Socialistes et démocrates ) : « Le départ du Royaume-Uni constitue une perte pour l’Union et le symbole d’une Europe en crise. C’est l’échec d’une Europe exclusivement dédiée au marché intérieur. L’heure doit être à la refondation pour renouer avec la vocation d’origine de l’Union, assurer la démocratie et le respect de valeurs, la prospérité, la liberté et la paix par la solidarité ( … ) Pour cela, l’Europe doit aussi retrouver une légitimité démocratique ; elle sera au cœur des élections de 2017, etc… )

 

Les optimistes inoxydables, mais critiques

On pourrait les croire atteint du syndrome de Pyrrhus ( encore une victoire comme celle-ci et nous sommes perdus ), mais sans le savoir. Ils ont en commun de voir dans le Brexit l’occasion quasi inespérée de refonder une Europe extraordinaire, qu’on n’a pas réussi à faire avancer d’un pouce jusqu’à maintenant, bien au contraire. Ils ont l’air de manier le paradoxe, mais peut-être leur optimisme est-il salutaire dans cette ambiance morose.

Ainsi le député Dominique Riquet ( Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe ) pour qui «  le Brexit est une excellente nouvelle pour l’Europe, c’est le moment d’avancer dans le projet politique européen » ),  qui ne croit absolument pas à «  l’effet domino » ( si le domino britannique tombe, « il tombe tout seul » ) et pour qui le Brexit est « une occasion d’avancer sur plus d’intégration ». Européen convaincu, il ne voit que l’échelle européenne pour solutionner les gros problèmes auxquels le continent est aujourd’hui confronté.

Le député européen Jean-Luc Mélenchon ( GUE/GVN ) , par sa voix originale et sa présence assidue dans les médias, côté extrême gauche, peut être rattaché à la même catégorie. Adepte du slogan choc, il répète, pastichant une formule attribuée à Nicolas Sarkozy ( « La France, tu l’aimes ou tu la quittes » ), que «  l’Europe, on la change ou on la quitte ». Un changement qui devra être radical : refus de la « troïka », sortie des traités européens existants, arrêt des migrations « au départ », arrêt des guerres et des traités commerciaux inégaux ». Jean-Luc Mélenchon envisage un referendum en France : «  s’il n’y a pas moyen de se faire entendre des autres, de stopper la guerre sociale entre les peuples, il faudra s’en aller. » Il  propose de discuter avec le gouvernement allemand et «  ensuite de faire un referendum. Pas commencer par abandonner l’Union européenne aux Allemands. » Lui aussi a en vue les échéances nationales : «  en 2017, il ne faut pas se faire voler le débat européen. Et ma candidature porte une alternative à l’UE ». CQFD. Le député européen voit aussi dans le Brexit une conséquence inattendue à laquelle on n’avait peut-être pas bien réfléchi : « l’anglais ne peut plus être la troisième langue de travail du Parlement européen ». Ce qui au fond, serait une bonne nouvelle pour les interprètes.

 

Irlande: un appel à la réunification

En votant largement contre le Brexit, l’Irlande du Nord vient d’affirmer son opposition à Londres, ravivant les velléités de réunification des deux Irlande en un seul pays indépendant qui souhaite se maintenir dans l’Union européenne. Le Brexit ouvre un nouveau chapitre de la « question irlandaise » dont la Grande Bretagne va difficilement pouvoir faire l’économie, comme on le constate en suivant les arguments de la députée européenne de l’Irlande du Nord, Martina Anderson, membre du Sinn Féin : « ce référendum n'a rien à voir avec les intérêts du peuple irlandais, de notre île ou de son économie . Cela ne concerne que les petits problèmes des conservateurs britanniques et leurs contradictions internes. Je suis donc très fier des 56% de voix contre le Brexit en Irlande, qui marquent la volonté des Irlandais de rester membres de l’Union européenne. Malheureusement , les votes en Angleterre et au Pays de Galles signifient maintenant que les 440 707 personnes en Irlande du Nord qui ont voté pour demeurer dans l'UE, sont traînés involontairement hors de l' UE . Le vote anglais a renversé la volonté démocratique de l’Irlande du Nord. C’est de la responsabilité du gouvernement britannique de reconnaître le vote dans les administrations décentralisées ( … ) Le Sinn Féin fera maintenant pression pour supprimer la frontière entre les deux Irlandes, une possibilité explicitement prévue dans le «  Friday agreement » il y a 18 ans , et qui permettra aux citoyens irlandais de voter pour mettre fin à la partition, et à rester dans l'Union européenne.

 

Une position renforcée par l’ensemble du Sinn Féin pour qui « le gouvernement britannique n'a pas de mandat pour représenter le point de vue de l’Irlande du Nord dans les négociations futures avec l'UE » et qui réitère donc son appel à un référendum sur l'unité irlandaise. « Il est inacceptable qu’une majorité en Angleterre et au Pays de Galles puisse modifier le statut constitutionnel de l’Irlande du Nord contre les souhaits de ses habitants, "  explique le Sinn Féin qui rappelle son attachement à l’Europe, tout en reconnaissant « le déficit démocratique au sein de l’Union européenne et ses tendances néolibérales. »

 

L’Écosse vers l’indépendance ?

Le Brexit risque d’avoir de lourdes conséquence en Écosse, où les électeurs, comme prévu, ont voté contre la sortie de l’UE. Le député européen Alyn Smith, membre du parti indépendantiste au pouvoir en Écosse ( SNP ), marqué à gauche, était il y a quelques jours, tout à fait clair sur les conséquences qu’il faudrait tirer d’un Brexit :  « La question de l'adhésion de l’Écosse au Royaume Uni serait, pour nous, remise à l'ordre du jour. Si Londres nous retire malgré nous du projet européen, nous considérerons à nouveau un référendum sur notre indépendance - notamment, mais pas seulement, pour rester au cœur de l'Union européenne. Je ne doute pas que l'avenir de l’Écosse soit celui d'un État indépendant au sein d'une Europe unie, sociale, démocratique et écologique. Et quoiqu'il advienne de cette douloureuse phase politique que traverse le Royaume Uni, les Écossais auront toujours à cœur de travailler avec nos partenaires historiques, au premier rang desquels se trouve la France. »

 

Autant d’analyses qui laissent entendre que c’est peut-être bientôt sur les mésaventures d’un Royaume Désuni que porteront l’essentiel des commentaires.

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