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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 16:34

Les heures graves appellent parfois des questions simples. Combien de temps ? Oui, combien de temps faut-il à des sociétés démocratiques pour encaisser les chocs inouïs, dépasser l’émotion et les tétanisations légitimes, et enfin s’autoriser ce petit pas de côté qui permet de retrouver collectivement le chemin de la pensée, du sang-froid, de la lucidité en tant que nécessité absolue ? Depuis les attentats de Bruxelles, qui nous ont projetés de nouveau, nous Français, dans nos propres hantises, nos esprits éprouvés de tristesse, de colère, de peur sont sommés de n’avoir pour seul horizon que la guerre permanente, l’état d’urgence, pour ne pas dire la vengeance avec sa part d’aveuglement, et la certitude de voir nos libertés rognées pour si longtemps que nos esprits s’épuisent à en imaginer les conséquences à long terme. La succession des séquences qu’il nous est donné de vivre depuis janvier 2015 porte en elle tout ce que nous redoutions de sidérations, d’amalgames et de fantasmes mêlés. Voilà pourquoi nous refusons les lignes droites toutes tracées, en particulier concernant l’une des principales interrogations : comment devient-on djihadiste ? Ou plus exactement : quel chemin conduit au djihad et à la furie du terrorisme, quand on est héritier de l’immigration, Français ou Belge, de la deuxième ou troisième génération ? Autrement dit : quel est le point de basculement vers cette « conversion » absurde et nihiliste, qui pousse des jeunes souvent sans histoire à entrer dans une sorte de logique meurtrière, les conduisant au passage à l’acte le plus terrifiant que nous puissions imaginer, ou à émigrer dans un pays en guerre qu’ils ne connaissent que par la propagande véhiculée sur des réseaux sociaux, pour y mourir la plupart du temps ? Ceux qui pensent détenir une seule explication devraient commencer par se taire.

 

 Notre rôle ? Tâcher de comprendre, toujours comprendre, en écartant les interprétations sommaires et les mots schématiques qui rajoutent du malheur et des banalités sur des plaies béantes. Depuis des mois et des mois, les travaux des spécialistes en témoignent et laissent souvent perplexes les analystes les plus éprouvés. Car le simplisme explicatif cache toujours ou presque des arrière-pensées peu avouables. La réalité se situe ailleurs, dans une zone grise. Exemple : une partie des terroristes des attentats du 13 Novembre étaient des individus soudainement radicalisés, sans adhésion ni pratique religieuse clairement identifiée, ce qui, vous l’avez compris, tord le cou à la thèse exclusivement « religieuse » du djihadisme. Comme le racontait voilà quelques semaines l’anthropologue Loïc Le Pape : « Ce que l’on sait des jeunes convertis partis en Syrie ou en Irak, c’est que leurs conversions se sont réalisées sans aucune médiation cléricale. Il n’y a pas d’imam, mais parfois un cheikh à la réputation douteuse. Ce sont parfois des conversions qui se produisent “en ligne”, sans intermédiaire identifié. Ces nouveaux convertis prônent une radicalité assumée, flirtent avec l’illégalité, avouent leur volonté de quitter un pays mécréant et corrupteur, et marquent leur intérêt pour une guerre de civilisation fantasmée. » Ainsi, pas de profil type. Mais une attirance réelle et partagée pour la violence, le vrai dénominateur commun. Même le déterminisme social – le vivier de « recrutement » se situe essentiellement dans les zones les plus pauvres de nos sociétés – est parfois battu en brèche. Une partie des « combattants » français partis en Syrie recensés avaient en effet trouvé une place, souvent modeste, mais honorable. La forme d’« engagement » radical à laquelle nous sommes confrontés surprend donc par sa nouveauté. Elle ne s’apparente ni à une conversion religieuse classique ni à un militantisme sectaire. Quand l’« État islamique » tente de mettre en place une vision théologique, ceux qui s’en revendiquent en sont loin. Comme l’affirme Loïc Le Pape : « Les jeunes convertis à l’EI se basent sur une lecture réductrice et violente des préceptes de l’islam et allient des croyances millénaristes et apocalyptiques à une vision conspirationniste : les juifs, l’Occident, les Illuminati, etc. » Conclusion : il n’y a pas un basculement, mais des basculements.

 

Violence(s)

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