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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 14:25

Hollande s’inspire de son prédécesseur, Mitterrand, du tournant de la rigueur au traité de Maastricht, en passant par la mise en orbite du FN.

 

Ils ont enterré le socialisme, mais les fossoyeurs qui s’en réclament encore du bout des lèvres continuent de hanter les cimetières. François Hollande rend donc hommage, ce vendredi, à Jarnac (Charente), à François Mitterrand, décédé le 8 janvier 1996. Le chef de l’État voudrait, laissent entendre ses proches, s’inspirer de son prédécesseur. Preuve en serait l’allusion, lors de ses vœux du 31 décembre, à la « force de l’esprit », évocation des derniers vœux de Mitterrand en janvier 1995 : « Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. » Référence mal employée, car là où Mitterrand, gravement malade, parlait en chrétien d’une vie après la mort, Hollande rêve plutôt, comme son modèle avant lui, d’un second mandat.

 

Rajeunir la recette de son aîné pour se faire réélire ?

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas le président qui expliquait, lors de sa prise de fonction, qu’il n’y avait « qu’un vainqueur le 10 mai 1981, c’est l’espoir » qui est honoré. Trop d’écho avec les espérances déçues de mai 2012… Celui qui, en privé, a les faveurs du chef de l’État, c’est le stratège qui, pour préserver son avenir politique, a noyé le rêve d’une société plus juste et égalitaire dans « les eaux glacées du calcul égoïste », comme l’écrivait Marx. Mitterrand avait profité de la cohabitation avec son premier ministre Jacques Chirac (1986-1988) pour se poser en président rassembleur, snobant une gauche jugée archaïque mais tendant la main à la droite. En 1991, même le Parti socialiste fêtait sobrement les dix années au pouvoir de François Mitterrand. Un exploit dans un pays où « la droite est majoritaire », écrivait alors François Léotard(1), qui expliquait : pour être élu (et réélu), « il fallait la morceler, la disloquer (...) lui prendre ses habits, son discours, sa logique (et) le tour est joué, devant ces gendarmes agaçants que sont les électeurs : une gauche habillée en droite, mais pouvant montrer à tout moment ses papiers, son passeport, sa bonne foi, sa morale ». Trente ans plus tard, en s’inspirant des programmes respectifs de la droite et du FN – le débat sur la déchéance de nationalité en est le parfait exemple –, en rassemblant la gauche face au terrorisme faute de la mobiliser sur un projet de société, Hollande espère-t-il rajeunir la recette de son aîné pour se faire réélire ?

 

De l’œuvre de François Mitterrand, d’ajustements pragmatiques en renoncements honteux, il ne reste dans l’esprit des Français que la retraite à 60 ans et l’abolition de la peine de mort. Selon un sondage Ifop pour Paris Match, 65 % des Français (et 93 % des sympathisants socialistes !) ont « une bonne opinion » des années 1981-1995. Oubliés, le gel des salaires dès juin 1982, la création du forfait hospitalier, la pluie de taxes qui s’abat essentiellement sur les plus modestes… « Il est parfaitement clair que la politique à mener est celle de la rigueur et c’est cette politique que je poursuivrai ! » lance en avril 1983 le premier ministre Pierre Mauroy, dont le directeur de cabinet est un certain… François Hollande. Logique : il était des « chargés de mission » qui, dès 1981, planchaient sur les orientations économiques de l’Élysée… Le « tournant de la rigueur » est applaudi par Yvon Gattaz, le président du CNPF, ancêtre du Medef, qui y voit « une chance historique de faire baisser les salaires ». Lors de la création du pacte de responsabilité par le gouvernement Valls, c’est le successeur et fils du patron des patrons, Pierre Gattaz, qui assurait le gouvernement de sa « confiance » : « Nous pouvons accompagner les réformes. » La réorientation de la politique économique en direction des entreprises prônée par les socialistes en 1983 fait toujours recette en 2016. C’est d’ailleurs de cette période que date, notait le magazine de la CGT, la Vie ouvrière, en 1991, la « mise en œuvre d’une norme (la désindexation – NDLR) d’évolution des salaires systématiquement inférieure à la hausse des prix ». Si on ajoute à cela les « mutations industrielles » et « plans de restructuration » avec les pertes d’emploi dans les mines, les chantiers navals, etc., on comprend que François Hollande ne s’inspire pas publiquement de ce Mitterrand-là.

 

Par un autre aspect, la gémellité politique entre les deux hommes est évidente : la construction européenne. D’une certaine Europe, dirons-nous. Le premier a signé l’Acte unique, qui en février 1986 avalisait la création d’un espace économique sans frontières pour le 1er janvier 1993. Tous deux, dans ce que l’on peut lire a posteriori comme un passage de relais, ont fait campagne pour le traité de Maastricht en 1992. À l’époque, François Hollande ne différencie pas l’acceptation de l’union économique et monétaire de celle du capitalisme : « Le seul débat qui compte – et il a été posé tout à l’heure par le groupe communiste –, c’est de savoir si nous acceptons les règles du capitalisme international ou si nous ne les acceptons pas », déclarait-il à l’Assemblée nationale en mai 1992. Lui a choisi. Comment s’étonner en lisant cela qu’il n’ait pas tenu sa promesse de campagne de renégocier le pacte budgétaire européen dès son arrivée à l’Élysée ?

 

Depuis son entrée en politique, chaque action de François Hollande concourt à justifier la politique du « There is no alternative », emprunté à Thatcher. Comme son modèle avant lui, il fait un calcul d’autant plus dangereux qu’il a favorisé le discours « antisystème » de l’extrême droite : 14,38 % pour Le Pen à la présidentielle de 1988. Le début d’un jeu dangereux dont la partie court encore. Jusqu’en 2017 ?

 

Arnaque à Jarnac, l’histoire se répète

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