Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 20:06
Photo Nasa

Photo Nasa

Gérard Le Puill (*) - Lundi, 7 Décembre, 2015 - Humanite.fr

 

Les enjeux climatiques ont probablement peu pesé dans le choix des électeurs ce dimanche 6 décembre. Pourtant, les difficultés croissantes que vivent les Français et la dégradation du climat on une cause commune: la logique prédatrice du profit capitaliste au détriment du bien être des peuples et de la préservation d’une planète vivable pour les humains

Beaucoup de Français et, parmi eux, beaucoup de militants porteurs d’idées progressistes souffrent et s’interrogent ce matin au lendemain d’un scrutin qui a fait du Front national le parti politique recueillant le plus voix lors d’un premier tour visant à élire les conseillers régionaux pour cinq ans. Avec quelques 29,8% des suffrages exprimés, le parti d’extrême droite bénéficie davantage d’un vote d’exaspération que d’adhésion chez beaucoup d’électeurs. Que ce vote soit particulièrement élevé dans les régions où le monde du travail a connu depuis une quarantaine d’années un long et douloureux déclassement professionnel suite à un processus permanent de délocalisations de productions vers des pays à bas coûts de main d’œuvre devrait interpeler les décideurs politiques, surtout quand ils se réclament de la gauche.

Il est loin le temps ou la France comptait moins de 300.000 demandeurs d’emploi au début des années 1970. En 1977, au terme de la première année pleine d’une politique d’austérité conduite par le gouvernement Raymond barre, 5,1% de la population active était privée d’emploi. Il y avait près de 8% de chômeurs en France quand la droite a été battue en 1981. Mais le chômage a touché 10,2% de la population active au bout de la seconde année du gouvernement Fabius à la fin de 1985. Entre temps, les politiques de casse industrielle et de fermeture de sites dans la sidérurgie, les charbonnages, le textile et bien d’autres secteurs avaient supprimé beaucoup d’emplois et amputé les droits à pension de millions de futurs retraités et retraitées qui devaient rarement retrouver le niveau de salaire et de qualification qu’ils avaient acquis avant cette casse industrielle.

En 1993 on est monté à 12,2% de chômeurs avec Pierre Bérégovoy à Matignon. Depuis, les politiques de délocalisations d’emplois productifs vers les pays à bas coûts de main d’œuvre n’ont cessé réduire le potentiel de production du pays, de précariser l’emploi, de mettre en déficit la balance des paiements puisque nous importons beaucoup de produits que nous ne fabriquons plus. Entre 2003 et 2015, le pourcentage des demandeurs d’emplois par rapport à la population active a presque toujours été entre 10 et 11%. Qui se souvient que Nicolas Sarkozy avait dit en 2007 que son mandat présidentiel serait un échec s’il ne ramenait pas le taux de chômage à 5% en 2012 ? François Hollande promettait en 2012 d’inverser la courbe du chômage avant le début de 2013. Or, en octobre 2015, la France comptait 495.000 chômeurs de plus en catégorie A (ceux qui n’ont pas travaillé une seule heure dans le mois) que quand Hollande est arrivé à l’Elysée.

Ces chiffres ne rendent pas compte des drames que vivent et qu’ont vécu depuis quarante ans des millions d’hommes, de femmes et leurs familles à travers ces suppressions et autres privations d’emplois. On licenciait pour « gagner de la compétitivité » disaient en chœur les ministres et les patrons. Mais on ne gagne pas de la compétitivité en fermant des usines sur le territoire national pour aller les monter ailleurs, dès lors qu’il faut importer les marchandises produites ailleurs quand on a privé de travail les gens qui les fabriquaient ici. On augmente les profits des patrons en appauvrissant le pays.

Le journaliste que je suis depuis 32 ans a vécu de l’intérieur ce genre de situation comme ouvrier de fabrication dans l’usine de pneus où je travaillais entre 1965 et 1983. En 1981, après la victoire électorale de Mitterrand, Michelin annonçait la fermeture de l’usine Kléber dans laquelle je travaillais à Colombes. Cette fermeture s’est achevée en 1983 et le plus gros de la production a été transféré dans l’usine de Toul en Meurthe-et-Moselle. C’était une unité de construction récente à l’époque, avec des salaires inférieurs de 35% à ceux de Colombes. En 2009 l’usine de Toul a été fermée à son tour. Michelin avait construit une usine en Serbie où les salaires étaient trois fois plus bas qu’à Toul. Les exemples de ce type se comptent par centaines, voire par milliers en France depuis plusieurs décennies. A Toul comme à Colombes, le matériel de production a été cassé et les bâtiments détruits. 

Alors que se tient la conférence de Paris sur le climat, il serait temps de s’interroger sur le bilan carbone de ces délocalisations vers les pays à bas coûts de main d’œuvre et à productions industrielles polluantes. En effet, plus on abrège la durée de vie des équipements en état de fonctionner, plus le bilan carbone des biens qu’ils produisent est élevé. Mais cela n’est guère regardé. Alors que nous entrons dans un monde fini, faire fonctionner l’économie du XXIème siècle selon la théorie des « avantages comparatifs » conceptualisée par le spéculateur anglais David Ricardo au début du XIXème siècle- surtout en y ajoutant la théorie de la « destruction créatrice » de Joseph Schumpeter au milieu du XXème siècle- revient à surconsommer des matières premières fossiles et à accroître le bilan carbone de chaque bien produit. 

 Depuis quatre décennies, les délocalisations ont inscrit l’économie française dans une spirale de régression économique sociale que les actifs et les retraités paient au prix fort aujourd’hui. Comme ils avaient raison, les communistes quand ils affirmaient haut et fort « Produisons français » tandis que d’autres formations politiques tentaient de le ringardiser. Car se sont bien les politiques de déménagement permanent des activités industrielles dans les pays à bas coût de main d’œuvre qui, en plus de faire monter le chômage et la précarité, aggravent aussi le bilan carbone de chaque voiture, de chaque machine à laver, de chaque ordinateur, de chaque téléphone portable, de chaque cafetière électrique, de chaque pièce de vêtement que l’on importe ensuite en dépensant des devises qui mettent notre balance commercial en déficit permanent. 

Ce déficit sert ensuite de prétexte pour aggraver les politiques d’austérité. Ce sont ces insupportables injustices qui mettent en difficulté la Sécurité sociale, qui réduisent le financement des caisses de retraite , ce qui conduit certains syndicats à multiplier les concessions au MEDEF en acceptant des diminutions successives des droits à pension et de reculer l’âge de la retraite pour tenter de sauver les différentes caisses qui collectent ce salaire différé.

Sans porter la moindre responsabilité dans la dégradation des conditions de vie des français depuis les élections présidentielles et législatives du 2012, le Front de gauche et le parti communiste recueillent moins de 5% des suffrages au premier tour de cette élection [Pas à Lempdes où il recueille 10,3 % des suffrages. Ndlr]. Ils paient par la désaffection de leur électorat, le bilan désastreux de la politique des gouvernements socialistes qui se sont succédé depuis cette date. C’est terriblement injuste et le contexte d’insécurité créé par les tueries du 13 décembre y est sans doute pour beaucoup. Mais ce résultat nous montre aussi que l’organisation de la société est à repenser. Alors que les incertitudes sont grandes concernant le résultat final de la Conférence de Paris sur le climat, nous voyons bien que la mondialisation libérale nous conduit vers l’abîme. Elle augmente sans cesse les émissions de gaz à effet de serre par la concurrence mondialisée, les gaspillages de capitaux productifs et le gâchis humain qu’elle engendre en plus de la dégradation de notre environnement.

Aucun projet politique ne sera porteur d’avenir désormais sans donner la priorité à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Différer la réponse à cette urgence revient à rendre les questions économiques et sociales de plus en plus insolubles et nous faire entrer progressivement dans une société de barbarie. Une société où l’individualisme et les réflexe de « sauve qui peut » l’emporteront sur la solidarité, le partage et le vivre ensemble.

 

 (*) Journaliste et auteur. Dernier ouvrage paru : « L’écologie peut encore sauver l’économie », une coédition de Pascal Galodé et de l’Humanité


 

Des résultats du premier tour des régionales aux enjeux de la Cop 21 !

Partager cet article

Repost 0
L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Politique
commenter cet article

commentaires