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2 octobre 2015 5 02 /10 /octobre /2015 11:19

Entretien La députée Front de gauche Jacqueline Fraysse conteste l’obsolescence du modèle de protection sociale français et avance des propositions concrètes pour le réformer en le renforçant.

 

On entend souvent que le modèle de la Sécurité sociale est en crise. Depuis des années, on parle du « trou de la Sécu »… Qu’en est-il selon vous ?

Jacqueline Fraysse Au contraire, c’est un modèle qui a montré son efficacité en matière de santé publique comme à titre individuel. Par contre, notre modèle social mériterait d’être réformé pour lui accorder plus de moyens. Il y a dans ce pays beaucoup d’argent qui pourrait être consacré à la protection sociale. Le trou de la Sécurité sociale, je l’affirme, est un choix politique et idéologique. La dette est entretenue et si on voulait la résorber, on le ferait facilement. Mais on préfère la brandir pour mettre dans la tête de nos concitoyens qu’il n’y a pas d’argent et les amener à accepter toutes les restrictions en matière de soins, de remboursement des médicaments, de retraite et d’aide aux familles.

 

Face à cette situation, que proposez-vous ?

Jacqueline Fraysse Les exonérations des cotisations sociales patronales coûtent 30 milliards d’euros par an à l’État. Et le CICE, le pacte de responsabilité mis en place par le gouvernement, aggrave encore cette situation. Or, la courbe du chômage nous montre que ces mesures, censées améliorer l’emploi, ne sont pas efficaces ! Ensuite, un rapport de la Cour des compte évalue à environ 20 milliards d’euros le manque à gagner dû à la fraude, essentiellement liée au travail dissimulé. C’est-à-dire à des employeurs qui refusent de déclarer leurs salariés. Il y a, simplement là, de quoi largement combler le fameux « trou ». À force de protester, le projet de loi de finances de la Sécurité sociale de 2015 a finalement prévu de récupérer une partie de cette fraude. Mais on se demande pourquoi, face à ces 20 milliards, l’État ne s’est pas donné pour ambition de n’aller chercher que 76 millions ! Probablement parce qu’il refuse, pour des raisons de restriction budgétaire au secteur public, de donner les moyens aux inspections du travail de mener à bien leur mission. Par ailleurs, nous proposons de taxer au même niveau les revenus du travail et ceux du patrimoine. C’est une question de justice sociale. Mais c’est aussi une importante source de recettes. Là encore, quelques petites mesures ont été prises, mais on est loin du compte. Nous proposions pour 2015 que le taux de taxation dû par les bénéficiaires de rentes supérieures à 24 000 euros par mois passe de 21 % à 34 %. Ça n’a pas été accepté. Bien sûr, nous voulons également, comme c’est le cas pour les salaires, mettre à contribution les revenus financiers des entreprises. Enfin, et c’est très important, nous proposons de moduler les cotisations sociales des entreprises selon leur politique en matière d’investissement, de création d’emploi, de salaire et de formation. Cette proposition vise à faire entrer des recettes en incitant les entreprises à investir, plutôt qu’à spéculer, et donc à créer des emplois plutôt que d’en supprimer.

 

S’agissant de la gestion de la Sécurité sociale elle-même, n’y a-t-il pas des transformations à apporter ?

Jacqueline Fraysse Oui, les salariés devraient avoir non seulement un droit de regard en termes de contrôle sur ce qui est dépensé, mais aussi en termes de choix en matière de remboursements. Parce qu’il y a des décisions prises sur la protection sociale qui doivent l’être collectivement, dans le cadre d’un échange direct avec les salariés, qui sont les premier concernés, et les financeurs. C’était d’ailleurs le cas à la naissance de la Sécurité sociale, mais l’État les a peu à peu privés de cette possibilité. C’est un choix qui n’est pas fortuit.

 

Jacqueline Fraysse « Le ‘‘trou’’ de la Sécu est un choix politique et idéologique »

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