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25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 21:27

L'éditorial de Patrick Le Hyaric.

 Les Nations unies doivent être soutenues dans leurs efforts de résolution du conflit pour éradiquer Daech. Le groupe fascisant doit être isolé par l’assèchement des financements de la fourniture d’armes et de l’achat du pétrole volé et vendu en contrebande.

 

Le drame des réfugiés du Moyen-Orient n’en finit pas de secouer les consciences, de questionner l’Europe et ses fondements. Il faut remonter à l’année 1945 pour revivre une telle tragédie d’hommes, de femmes et d’enfants contraints à l’exil pour fuir la barbarie.

 

La crise est d’ampleur. Les images sont impressionnantes et poignantes. Il convient, en même temps, de replacer ces mouvements à leur juste mesure. Les réfugiés sur le continent européen ne représentent que 0,1 % de la population totale. Les pays qui accueillent le plus de réfugiés syriens et irakiens sont le Liban, la Jordanie et la Turquie. Quant aux migrations africaines, c’est vers l’Afrique qu’elles se tournent. On est loin des fantasmes d’invasion véhiculés par une partie de la droite et de l’extrême droite. L’Union européenne a largement les moyens de faire face à cette crise. Notre France a, par le passé, su accueillir des populations massives contraintes à l’exil. Son prestige, son économie et sa place dans le concert des nations s’en sont trouvés renforcés.

 

Aujourd’hui, la petite musique xénophobe servie par une partie des dirigeants européens et de la droite française cherche à séduire une opinion très fragilisée par la crise économique et sociale. Alors que chaque être humain devrait être l’égal de l’autre, l’organisation de leur division est un moyen d’asseoir la domination des puissants. Comment pourrait-il y avoir des « étrangers » sur notre terre commune ? Comment concevoir que l’Union européenne, qui se réclame des droits de l’homme et de la protection des minorités, laisse en son sein des gouvernements et des hommes d’État proférer des discours de haine, appelant ici à trier les réfugiés en fonction de leur religion, ou là, à partir de leur niveau de qualification, pour renvoyer les autres dans l’enfer des guerres ?

 

Ces propos tranchent avec la générosité de millions d’Européens qui, les bras et le coeur ouverts, viennent à la rencontre des réfugiés pour les aider à accéder aux besoins de première nécessité. Et il aura fallu que ce soit Mme Merkel, forte de sa domination sur le continent, qui admoneste les gouvernements peu soucieux du respect des droits humains fondamentaux.

 

Aujourd’hui, et il faut s’en féliciter, l’Allemagne renoue avec des sentiments plus altruistes et la Commission européenne est positivement actrice. Le Parlement européen vient de demander d’ouvrir les coeurs. La France, avec pour bagage sa tradition républicaine universaliste, celle qui faisait

dire à Thomas Jefferson que « chaque homme a deux patries, la sienne et la France », devrait porter plus haut son effort.

 

Elle serait ainsi en situation de rappeler au gouvernement allemand que le devoir de solidarité vaut aussi pour les peuples européens qu’il a contraints par des dogmes absurdes à des exils forcés ou à une misère endémique. Mieux, il y a un lien ténu entre la solidarité, l’accueil de réfugiés et les choix anti-austérité. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui feraient reculer l’extrême droite. L’austérité est incompatible avec l’idée de solidarité européenne. Elle l’est tout autant avec une politique digne d’accueil des réfugiés. Telle est la parole que la France devrait porter avec vigueur.

 

Une grande part des réfugiés fait partie de l’élite du peuple syrien, lui-même étant parmi les mieux formés de tout le Moyen-Orient. Certes, cet afflux massif peut être une aubaine pour le patronat européen, intéressé par l’éventuelle substitution de ses ingénieurs et ouvriers par une maind’oeuvre à bas coût. Mais il n’y a aucune fatalité à cela. Le combat syndical et celui des forces progressistes doivent redoubler d’intensité pour exiger que chaque travailleur sur le sol européen, d’où qu’il vienne, puisse bénéficier des mêmes droits, et pour exiger des investissements publics sur des filières d’avenir, créatrices d’emplois. Ce doit être cela l’Europe du progrès social.

 

Par ailleurs, cette élite, dont une immense majorité souhaite retourner vivre en Syrie, pourrait être associée à une transition démocratique et à la reconstruction du pays. C’est l’occasion de repenser les partenariats avec les pays qui partagent la mer Méditerranée avec nous. C’est l’opportunité d’impulser une véritable politique de codéveloppement entre l’Union européenne et le Moyen-Orient qui s’ouvre à nous si nous nous en donnons les moyens. C’est un pari sur l’avenir !

 

Il serait possible, si la droite dite républicaine ne lorgnait pas sur ses idées, d’isoler Mme Le Pen et sa logorrhée raciste par un puissant mouvement humaniste qui irait puiser au meilleur de la civilisation européenne en ressuscitant les Lumières tapies dans l’ombre, en réveillant, avec les accents de notre époque, l’internationalisme hérité du mouvement ouvrier, en réaffirmant les principes de droits universels érigés au lendemain de la victoire des peuples sur le nazisme.

 

Ces acquis civilisationnels sont les nôtres. Ils sont transcrits dans le droit pour garantir la dignité humaine : « Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile d’un autre pays », indique la convention de Genève de 1951.

La Constitution française, dans son article 53-1, stipule que « les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger

persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ».

 

Les chevaux usés de la droite qui souhaitent inventer de nouveaux statuts de réfugiés pour saucissonner la misère du monde bafouent la tradition républicaine et contreviennent aux principes cardinaux qui régissent le droit. Au-delà des solutions nationales et locales à trouver dans l’urgence, l’Organisation des Nations unies, avec le Haut-Commissariat aux réfugiés, doit prendre la main afin que chacun puisse mobiliser ses ressources autour d’un objectif d’accueil commun et venir en aide aux pays de la région. Il faut, sous peine d’une déstabilisation plus grave du Moyen-Orient, renforcer l’aide européenne aux pays qui sont en première ligne face à l’afflux, sans oublier la Tunisie, qui accueille 1,5 million de réfugiés libyens dans un rude contexte social et politique.

 

Mais il convient avant tout de s’attaquer aux causes de ces mouvements migratoires : les guerres, la spoliation des populations, avec des traités de libre-échange organisant la concurrence contre les êtres humains et la nature. Mettre un terme au conflit qui ravage la Syrie est une urgence. La transition démocratique en Syrie ne se fera qu’en associant l’ensemble de ce qui constitue le fragile équilibre de sa société. Les Nations unies doivent être soutenues dans leurs efforts de résolution du conflit pour éradiquer Daech. Le groupe fascisant doit être isolé par l’assèchement des financements de la fourniture d’armes et de l’achat du pétrole volé et vendu en contrebande. L’accord sur le nucléaire iranien a permis le retour de cette grande nation sur la scène régionale et internationale.

Il est désormais indispensable que chacun prenne langue, ennemis d’hier ou d’aujourd’hui, les monarchies du Golfe et l’Iran, les États-Unis et la Russie. Seule l’Organisation des Nations unies peut le garantir. La France pourrait se grandir, avec d’autres pays de l’Union, pour permettre cette conciliation, avec pour objectif commun l’éradication de Daech, ce qui implique des garanties pour chacun des pays.

 

Le temps long est à l’oeuvre mais les solutions existent pour, dès aujourd’hui, garantir la dignité humaine et faire germer la paix au Moyen-Orient. D’ici et de là-bas, nous sommes tous concernés.

 

Le coeur, le droit et la paix

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château
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