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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 21:54
Les parents d’élèves de Seine-Saint-Denis n’obtiennent même pas le strict minimum : des instituteurs formés et titularisés pour tous les enfants. Photo : Marlene Awaad/IP3

Les parents d’élèves de Seine-Saint-Denis n’obtiennent même pas le strict minimum : des instituteurs formés et titularisés pour tous les enfants. Photo : Marlene Awaad/IP3

À l’initiative de la mairie dyonisienne, trois lanceurs d’alerte, dont un parent d’élève, un professeur et un élu, contrôlent les conditions 
de la rentrée pour éviter que des écoliers, comme l’an dernier, ne se retrouvent sans enseignants le jour de la reprise.

Fin juin. L’information circule dans la deuxième grande ville de Seine-Saint-Denis. La mairie recherche des « lanceurs d’alerte ». Son projet ? Mettre la rentrée scolaire sous contrôle citoyen et, pour cela, poster un trio, composé d’un parent d’élève, d’un enseignant et d’un élu, à la porte de chacune des 67 écoles de la ville, le jour de la rentrée scolaire.

Des informations peu rassurantes filtrent ici ou là

Il faut dire que l’année qui s’achève a été particulièrement éprouvante. Première onde de choc en septembre, cinq cents écoliers arrivent dans une classe vide, l’éducation nationale n’ayant pas d’enseignants pour eux. Deuxième onde de choc, presque immédiate, une réplique en quelque sorte, l’arrivée dans ces mêmes classes de contractuels recrutés à la hâte, via Pôle emploi, sans qu’une heure de formation ne leur ait été prodiguée, contraints d’être là par leur situation de chômeurs et pour colmater les brèches. « Nous n’envisageons pas une seconde de revivre cela ! », réagissent vivement et dans une unanimité parfaite, les parents de la FCPE, ceux du collectif des Bonnets d’âne, les enseignants du SNUipp et du syndicat SUD qui, à trois jours de la rentrée, peaufinent l’organisation de ce dispositif inédit auquel ils se sont fermement ralliés.

« Imaginez dans quelle situation nous nous trouvions. Aux parents rassurés par la nomination d’un remplaçant, même contractuel, nous devions expliquer que non, cela n’allait pas. Que finalement leur enfant n’aurait pas de professeur aujourd’hui, ni demain… », raconte Catherine Da Silva, directrice d’école et responsable du SNUipp. L’émotion provoquée par ces événements est perceptible, malgré le recul d’un an. Pour l’heure, des informations peu rassurantes filtrent ici ou là. On s’inquiète du nombre d’enseignants réellement nommés. Najat Vallaud-Belkacem en avait promis 1 500 au premier concours pour l’académie de Créteil, mais 321 postes n’ont pas trouvé preneur. Le succès du deuxième concours exceptionnel aurait permis de les pourvoir. Pourtant, la liste complémentaire ouverte ne concerne, pour le moment, que 160 postes pour l’académie de Créteil et une centaine pour la Seine-Saint-Denis. « Le recrutement dès la fin du mois de juin de 200 contractuels avant même que les postes ne soient proposés aux lauréats des concours contredit la bonne volonté affichée de la ministre », s’inquiète la syndicaliste.

« L’État est le seul 
à ne pas être au rendez-vous »

Des classes sans enseignants ont déjà été repérées, parfois deux dans le même groupe scolaire. Deux enseignants stagiaires sont nommés dans la même école. On s’interroge. Se partageront-ils une même classe ? Comment seront-ils accueillis alors que de nombreuses directions d’école changent. « Nous avons besoin de chiffres précis et incontestables sur chacun de ces sujets, car souvent l’éducation nationale conteste nos informations », commente Delphine Flaury, parente d’élève de la FCPE et membre du collectif des Bonnets d’âne.

David Proult, l’adjoint communiste à l’enseignement de Saint-Denis, se remémore également ce mois de septembre catastrophique. « J’avoue que je ne voyais vraiment pas comment nous sortir de cette situation. Nous sentions que la rentrée se préparait mal. Nous avions interpellé le ministère mais nous prêchions dans le vide. Personne ne nous répondait », confie l’élu, ajoutant que ce mutisme des autorités n’a jamais cessé. « C’est incroyable. Nous avons construit quatorze écoles en onze ans, quatre écoles cette année. Le conseil général livre un nouveau collège, la région, un lycée. L’État est le seul à ne pas être au rendez-vous alors que le gouvernement affiche comme priorités la jeunesse et la refondation de l’école », poursuit-il amèrement en énumérant les vingt à trente agents municipaux Atsem, agents d’entretien affectés dans les écoles, les soixante-dix animateurs supplémentaires recrutés pour les activités périscolaires, le budget renfloué de 2 millions d’euros, alors que la baisse des dotations prive la collectivité de 23 millions d’euros, sans compter le coût de construction d’un groupe scolaire.

Les « lanceurs d’alerte », un questionnaire en main, un badge « Sous contrôle citoyen » sur la poitrine, pour permettre de les identifier, sont chargés de vérifier si chaque classe a bien son enseignant, les effectifs, la réalité de la nomination d’un enseignant supplémentaire dans les établissements en REP+, si chaque enfant handicapé est bien accompagné d’un ou d’une auxiliaire de vie, enfin si les réseaux Rased sont complets et en nombre suffisant. « Nous le faisions de façon informelle chaque année, précise Jean-Jacques Clément, l’un des responsables de la FCPE locale, mais le fait que la mairie orchestre le recueil des informations les rendra plus crédibles et moins contestables par l’éducation nationale. » Mais il s’agit aussi d’évaluer les promesses de la ministre Najat Vallaud-Belkacem, gravées dans la mémoire locale. Le 19 novembre, la ministre de l’Éducation nationale avait annoncé un plan triennal en réponse à la levée de boucliers des enseignants du département. À Saint-Denis, 80 % des enseignants avaient cessé le travail, soutenus par les parents d’élèves.

Les parents veulent montrer combien l’injustice est grande

En réalité, la mobilisation a été quasiment permanente ces derniers mois. Après le désarroi des premiers jours, les parents d’élèves avaient donné la réplique. Les assemblées de parents s’étaient multipliées. « Nous trouvions les médias peu réactifs au regard de l’injustice criante que nous vivions », raconte Sybille Gollac, l’une des initiatrices de ce qui deviendra le tonitruant ministère des Bonnets d’âne. À la rentrée des vacances de la Toussaint, le collectif s’était installé illégalement sur un terrain vague à deux pas d’une école sinistrée, Jules-Vallès. Privés d’enseignants, des élèves de CM1 avaient profité de l’aubaine pour échapper à l’école et à leurs parents, passant une journée dans la rue. Ce témoignage est le premier d’une longue série qui constituera quelques mois plus tard le dossier d’interpellation de Jacques Toubon, le défenseur des droits. « Il nous a répondu et nous a indiqué que lui-même avait fait chou blanc concernant le recrutement et la formation des contractuels. Finalement, l’éducation nationale organise l’inexistence des données », commente la militante, qui se fait un malin plaisir de relater le dernier coup d’éclat du groupe : l’occupation par les parents de plusieurs quartiers, en première ligne ceux du Franc-Moisin et de Floréal, de la prestigieuse école de la Légion d’honneur, installée à Saint-Denis depuis sa création il y a deux siècles et ouverte aux enfants des bénéficiaires de la distinction nationale. « Les parents, quelle que soit leur situation sociale, veulent montrer par des actions fortes combien l’injustice que leurs enfants subissent est grande. Nous avons voulu dénoncer le fait qu’énormément d’argent sert à financer les classes prépas, les grandes écoles, et cela au détriment de départements comme le nôtre, en pleine croissance démographique et avec des besoins spécifiques. Ici, on n’a même pas le strict minimum. Des instits formés titulaires pour chacun de nos enfants », s’insurge-t-elle.

À Saint-Denis, les écoles sous protection citoyenne !

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