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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 22:23

Le gouvernement d’extrême droite hongrois édifie un mur de 175 kilomètres le long de la frontière avec la Serbie, devenue le principal point d’entrée des migrants dans l’espace Schengen. Cette barrière de grillages et de barbelés devrait être achevée le 31 août.

 

Toutes les deux ou trois heures, des groupes d’une quarantaine de migrants partent d’un bon pas du centre de Kanjiza, un gros bourg du nord de la Voïvodine serbe. Ils se glissent dans les sous-bois le long de la Tisza, un affluent du Danube qui fait frontière avec la Hongrie, à une quinzaine de kilomètres. Les passeurs connaissent les horaires des patrouilles et, normalement, la voie est sûre. Par contre, leurs services coûtent cher : 1 500 euros pour un adulte, 1 000 euros pour un enfant. Abdulhamid est parti il y a seize jours d’Idleb, une ville âprement disputée du nord de la Syrie. Ce soir, il va franchir la frontière hongroise, et il espère bien arriver d’ici deux jours en Allemagne. Pour l’instant, il reprend des forces au café La Bella Venezia de Kanjiza, qui sert de quartier général aux migrants : tandis que l’accès aux autres établissements de la ville leur est interdit, Jozse, le patron, les laisse utiliser les toilettes, signalées par un écriteau manuscrit en arabe, même s’ils ne consomment pas. Il a aussi mis à disposition des prises électriques, précieuses pour recharger les smartphones : les Syriens se connectent pour étudier la frontière sur Google Maps ou échanger les derniers « tuyaux » sur des groupes Facebook. Au fil de la journée, les autobus qui arrivent de Belgrade débarquent de nouveaux groupes : des Syriens en majorité, mais aussi des Afghans, des Congolais, des Somaliens, etc.

 

1 000 euros pour passer en Zodiac d’Izmir à l’île grecque de Chios

Comme Abdulhamid, tous ont transité par la Turquie. Le jeune homme a investi toutes ses économies dans son voyage. Il fait ses comptes : 1 000 euros pour passer en Zodiac d’Izmir, en Turquie, à l’île grecque de Chios, 500 euros pour gagner Athènes, puis Thessalonique et la Macédoine, autant pour passer en Serbie… En tout, son voyage lui aura coûté plus de 5 000 euros. Le jeune homme s’étonne de la pauvreté des pays que son voyage lui fait traverser : « La Macédoine et la Serbie sont en Europe, mais avant la guerre, la Syrie était plus développée. » Il espère obtenir l’asile en Allemagne, mais sans intention de rester : « Si je ne reviens pas dans mon pays, il ne restera plus que Daech et Bachar Al Assad. Il faut absolument que les jeunes reviennent pour reconstruire une nouvelle Syrie. » Abdulhamid était dentiste et appartenait aux classes privilégiées. Tous n’ont pas sa chance. Les migrants qui n’ont plus d’argent s’entassent dans la « jungle » de Subotica, la grande ville voisine de Kanjiza. Cette « jungle » est une ancienne briqueterie abandonnée, où quelques centaines de personnes dorment chaque soir, dans des conditions d’hygiène déplorables. Des familles entières se massent à l’ombre des bâtiments qui menacent de tomber en ruines ou sous des tentes de fortune, essayant de tirer un peu d’eau au puits pour se laver, même si celle-ci est impropre à la consommation. Seuls des volontaires locaux apportent un minimum d’aide – nourriture, matériel d’hygiène, soins de base. La jungle est le domaine des passeurs et des mafias – des tensions opposent régulièrement les réseaux afghans et pakistanais. Des petits groupes de « bandits » locaux attaquent aussi les squatteurs de la jungle. « Ils sont armés de longs couteaux », explique un jeune Turkmène d’Afghanistan, qui vient de se faire voler son smartphone et son argent. Personne ne songerait à se plaindre auprès de la police, peu visible aux abords de la briqueterie. « Les policiers sont de mèche avec les brigands », assurent les migrants, ce que confirme Ljubo, un chauffeur de taxi de Subotica. « Quand on conduit des migrants vers la frontière, on se fait toujours arrêter : tandis qu’un flic demande les papiers du véhicule, un autre va prendre sa commission à l’arrière, directement auprès des migrants : cela peut monter jusqu’à 100 euros par personne. » Il y a quelques mois, Ljubo s’est fait sévèrement tabasser par ses collègues, qui l’accusent de « casser le business ». Il refuse en effet d’augmenter le prix des courses pour les migrants. « Faire de l’argent sur la misère est la plus grande honte du monde », lâche le quinquagénaire, en rajustant ses lunettes. Chaque soir, de 1 000 à 1 500 personnes franchissent illégalement la frontière entre la Macédoine et la Serbie, à 600 kilomètres au sud de Subotica et de Kanjiza. S’ils demandent l’asile en Serbie, les migrants obtiennent un certificat de circulation de 72 heures, théoriquement pour rejoindre les centres d’accueil du pays, tous archi-saturés. En fait, ce délai leur permet de gagner la frontière hongroise, porte de l’espace Schengen. « Désormais, la voie terrestre des Balkans est plus utilisée que celle de la Méditerranée », assure Stéphane Moissaing, le coordinateur de Médecins sans frontières en Serbie. Le 14 juillet, la Hongrie a officiellement commencé la construction d’un mur qui doit ceinturer les 175 kilomètres de frontière que le pays partage avec la Serbie. Selon le premier ministre Viktor Orban, cette immense barrière de grillage et de barbelés devrait être achevée le 31 août. « Le mur n’arrêtera personne, assure Stéphane Moissaing. Il modifiera peut-être certains itinéraires, des gens passeront par la Croatie ou la Roumanie. Sa principale conséquence sera de faire augmenter les prix des passeurs. »

 

Viktor Orban fait tomber un rideau de fer à la frontière serbe

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