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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 23:49
Athènes, dimanche soir. la foule s'est pressée devant le Parlement pour fêter la victoire du non. Photo : Petros Giannakouris/AP

Athènes, dimanche soir. la foule s'est pressée devant le Parlement pour fêter la victoire du non. Photo : Petros Giannakouris/AP

Rosa Moussaoui et Thomas Lemahieu - Lundi, 6 Juillet, 2015 -L'Humanité
 
 
 
Malgré le chantage et les menaces d’étranglement financier, les Grecs ont opposé un non retentissant à leurs usuriers, comme les y invitait Alexis Tsipras. « OXI ! » ont-ils dit à toute nouvelle cure d’austérité, malgré la stratégie de terreur choisie par les eurocrates.
 

Athènes, envoyés spéciaux. OXI ! Ce non-là est un non à la peur, c’est un cri retentissant qui a jailli des tréfonds d’un peuple grec épuisé par cinq années d’austérité à marche forcée. Hier soir, après la fermeture des bureaux, les premières projections du ministère de l’Intérieur donnaient au non une écrasante avance : 61 % sur les 27 % de bulletins déjà dépouillés. Une victoire éclatante du non se dessinait. En dépit des menaces, du chantage, de l’étranglement financier orchestrés par les institutions européennes, les Grecs ont donc finalement opposé le refus sans appel des urnes au nouveau mémorandum de misère et d’asphyxie des classes populaires que voulaient leur imposer la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne, gardiens ombrageux des privilèges d’élites grecques coalisées dans le camp du oui. Plus encore qu’un choix politique portant sur des orientations économiques, il y a dans ce verdict des urnes un souffle de liberté et de dignité qui force le respect, et que résume par ces mots la dramaturge Nina Rapi : « Non, parce que nous avons choisi, comme attitude, la résistance et l’autodétermination. Non, parce que je n’aime pas qu’on me dise quoi faire et comment, parce que je pense qu’il serait stupide de poursuivre des politiques qui, depuis cinq ans, ont échoué. Non, parce que l’éducation, la culture, la santé et même la survie de notre pays sont menacées par le oui. Parce que le mensonge, la distorsion et la propagande qui ont dominé cette campagne ont insulté mon intelligence. »

 

On leur promettait les dix plaies d’Égypte, les Grecs n’ont pas cédé !

La propagande du oui… Elle a atteint, dans cette courte campagne, des niveaux de mystification et de manipulation parfaitement indignes des principes démocratiques dont se réclame l’Union européenne. Il y a eu, d’abord, la stratégie de la panique avec, en première ligne, la Banque centrale européenne qui, menaçant de couper les vivres aux banques grecques, a contraint le gouvernement grec à instaurer un contrôle des capitaux et des restrictions bancaires propres à semer la peur chez les petits déposants. Fermez les banques, mettez en boîte des images de retraités en larmes dans les files d’attente et faites tourner en boucle. Mario Draghi, le président de la BCE, a offert au camp du oui une campagne taillée sur mesure. Procédé tellement violent que le ministre des Finances, Yanis Varoufakis, n’a pas hésité à fustiger le « terrorisme » financier des créanciers d’Athènes. Il y a eu, ensuite, les rumeurs, innombrables, jusqu’à celle véhiculée, à la veille du scrutin, par la chaîne de télévision Mega, qui a mis en garde les Grecs contre un imminent « haircut » sur les dépôts bancaires excédant 8 000 euros… Avant de démentir, une fois le doute et la confusion bien installés. Il y a eu l’intimidation, encore, avec ces patrons menaçant leurs salariés de les priver de paie, lundi, en cas de victoire du non. Tout a été fait, jusqu’à la dernière minute, pour tenter d’entraver la libre expression démocratique du peuple grec, sommé de se prononcer sur son appartenance à la zone euro et même à l’Europe, alors que la question du référendum portait sur le nouveau mémorandum d’austérité faisant l’objet d’un ultimatum des créanciers et des autres gouvernements de l’UE, Allemagne en tête. Comme au mois de janvier dernier, lorsque la victoire annoncée de Syriza était présentée comme une catastrophe, les commissaires européens se sont immiscés dans la campagne. Porte-parole d’une Angela Merkel et d’un Wolfgang Schäuble intraitables, le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier promettait jusqu’à hier aux Grecs des conditions de négociation plus féroces, si c’est encore possible, en cas de victoire du non. Quant au président du Parlement européen, le social-démocrate allemand Martin Schulz, toujours prompt à disserter sur la démocratie et sur « l’Europe sociale », il a jeté un dernier pavé dans la mare à quelques heures de la fermeture des bureaux de vote en assurant que le pays devrait « changer de monnaie » après la victoire du non. La drachme, ultime argument politique des maîtres chanteurs européens. On leur promettait les dix plaies d’Égypte et pourtant, les Grecs n’ont pas cédé. Ils ont glissé dans les urnes toutes les souffrances sociales, toutes les humiliations endurées depuis cinq ans. Ce vote a cristallisé les appartenances politiques comme les clivages sociaux, les classes populaires, les jeunes sans perspective d’avenir et les classes moyennes déclassées ayant majoritairement rallié le non. « Les partisans du oui appartiennent aux classes supérieures. S’ils se sont montrés si agressifs, et même insultants, c’est que leurs privilèges sont en jeu. Ils exprimaient une rage profonde contre cette gauche qui veut changer les choses. C’est un vote de classe », résumait hier Hélène Astrinaki sur le seuil de son bureau de vote d’Ambelokipi, à Athènes, le badge orange du « OXI » collé sur le cœur. Le camp du oui, qui a tout misé sur la stratégie de la terreur, n’a délivré aucun message positif. Pire, le retour sur le devant de la scène de dinosaures politiques symboles de corruption, d’endettement irraisonné et d’austérité a fini par convaincre les hésitants de voter non. En jetant toutes ses forces et tout son poids dans la campagne, le premier ministre grec Alexis Tsipras, toujours très populaire, a fait de ce scrutin un enjeu de politique intérieure autant qu’un enjeu européen, laissant miroiter la possibilité d’une sérieuse crise politique en cas de victoire du oui.

 

L’ultimatum 
des créanciers rejeté !

Comment aurait-il pu en être autrement, après cinq ans de démolition sociale, économique, démocratique ? Indéniablement, ce vote grec s’inscrit dans le prolongement des non français, néerlandais et irlandais à l’Europe libérale. Depuis dix ans, et même plus encore si l’on repense au non des Suédois à l’euro en 2003, tous les peuples consultés sur les politiques néolibérales dictées à Bruxelles et Francfort ont répondu par le refus. Ces non, chaque fois, sonnaient comme un défi aux élites politiques, économiques et médiatiques érigées en cerbères des dogmes monétaristes qui ont mené la construction européenne à l’impasse et fait de la zone euro la lanterne rouge de la croissance mondiale, quelle que soit la conjoncture.

En rejetant l’ultimatum des créanciers comme la tentative de coup d’État financier contre Athènes, le peuple grec affirme aussi et surtout son attachement profond, sincère, historique à cette démocratie née sur les rives de la mer Égée. Vendredi soir, devant la foule gigantesque réunie pour le non à Syntagma, Alexis Tsipras l’a clairement exprimé, assumant jusqu’au bout les conséquences d’un choix courageux. « La démocratie est une libération, la démocratie est une issue et nous célébrons aujourd’hui la victoire de la démocratie. Nous sommes déjà victorieux, quelle que soit l’issue du scrutin de dimanche, car la Grèce a envoyé un message de dignité, un message de fierté ! » a lancé le premier ministre. Dès l’annonce du référendum, le 26 juin, ce dernier n’a laissé planer aucun doute sur ses intentions : revenir à la table des négociations dès ce lundi. Athènes n’entend pas se faire expulser de la zone euro comme un vulgaire locataire. Armés du verdict des urnes, le gouvernement Tsipras et ses négociateurs entendent desserrer le nœud coulant de la dette et faire résonner dans les cénacles bruxellois la voix de ce peuple grec qui ne veut décidément plus avaler l’amère potion de l’austérité. Place Klafmonos, dans le centre d’Athènes, à peine les premières projections connues, la fête se prépare. Sur l’écran de la chaîne publique, qui diffuse la soirée électorale, les résultats partiels défilent : le non est bien au-dessus du score prédit dans les sondages diffusés par les chaînes privées à la fermeture des bureaux de vote à 19 heures. D’une ville à l’autre, alors que la moitié du dépouillement est faite, les scores s’affichent entre 55 et 70 %. « Je le sentais venir, ce score écrasant, confie Haris. Les gens ont bien compris que les banques, ce n’est pas Tsipras qui les a fermées, mais plutôt Draghi, Juncker et Lagarde ! » Le jeune homme rayonne : « Demain, on n’aura plus la troïka dans les pattes ! » La nuit tombe, la fête commence !

Bientôt en France et dans toute l'Europe ?

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