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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 22:46

Yves Housson - Mercredi, 27 Mai, 2015 - Humanite.fr

 

Retour d'une réunion syndicale de retraité-es où j'ai appris après bien des mauvaises nouvelles que l'Europe considérait les différentes réformes des retraites en France comme les plus dures d'Europe ! Comme titre européen on pouvait rêver mieux, non ?

AFP

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Au Medef aussi, l’appétit vient en mangeant. A peine l’une de ses doléances satisfaites, il pousse le bouchon plus loin. Mais le patronat rencontre une opposition farouche des syndicats.

Après la « simplification » du compte pénibilité, après l’ « assouplissement » des licenciements (avec la loi dite de « sécurisation de l’emploi » de 2013), après les « accords de compétitivité » sacrifiant salaires et/ou temps de travail au nom de l’emploi, après la loi Macron et ses multiples dispositions de libéralisation, et alors que le gouvernement s’apprête à satisfaire largement ses vœux dans le projet de loi sur le « dialogue social » en réduisant les prérogatives des institutions représentatives du personnel, M. Gattaz et ses hommes s’acharnent sur les retraites complémentaires. Mais la séance de négociation d’hier a montré qu’en matière sociale, l’histoire n’est jamais écrite d’avance. La délégation patronale est arrivée à la table de discussion sur les régimes Arrco (où cotisent tous les salariés du privé) et Agirc (spécifique aux cadres) avec des propositions porteuses d’une telle régression sociale que tous les syndicats, même les plus conciliants d’ordinaire avec le Medef, les ont repoussées, avec des accents plus ou moins indignés.

« Un projet irresponsable »

« Un projet irresponsable », a tonné la CFTC. Des propositions « inacceptables », pour FO, suspectant le patronat de « politiser le dossier ». Un patronat qui « pousse le bouchon un peu trop loin », aux yeux de Jean-Louis Malys, de la CFDT. Le Medef jouait-il délibérément la carte de l’échec, en espérant « refiler le bébé » au gouvernement, comme le pensent certains ? Ou bien plaçait-il la barre très haut pour mieux faire accepter, dans un second temps, une potion amère légèrement adoucie ? Au-delà de calculs, les faits sont là : l’organisation patronale réclamait du monde du travail des sacrifices d’une ampleur sans précédent en matière de retraites complémentaires. Pas moins de 30 millions de personnes sont visées : 18 millions d’actifs cotisant à l’Agirc et à l’Arrco, et 12 millions de retraités percevant des pensions de ces régimes. En difficultés du fait du chômage et de la stagnation des salaires qui plombent leurs recettes alors que, avec la hausse de l’espérance de vie et le papy-boom leurs dépenses croissent, Agirc et Arrco sont entrés en déficit et doivent maintenant puiser dans leurs réserves financières pour payer les pensions.

Des réserves promises, en l’état actuel, à épuisement en 2018 pour l’Agirc et 2027 pour l’Arrco. Nul doute, donc, que des solutions doivent être rapidement trouvées pour équilibrer les comptes et pérenniser les régimes. C’est là que « deux approches » se confrontent, constatait Eric Aubin, chef de file des négociateurs CGT, lors d’un rassemblement devant le siège de l’organisation patronale, résumant ainsi celle de Medef : « les entreprises ne mettent rien sur la table et tout l’effort repose sur les retraités et futurs retraités ». Dans sa dernière version, le projet patronal ne prévoyait en effet pas la moindre contribution des entreprises. Un refus motivé au nom de la « compétitivité » et de la « cohérence avec le pacte de responsabilité et le CICE », rapporte Eric Aubin. Pourquoi le patronat ferait-il un effort quand le gouvernement le conforte dans son discours sur la soit-disant nécessaire baisse du « coût du travail » en l’arrosant de baisses de cotisations sociales et d’impôts ?... Du coup, pour trouver les 8,4 milliards d’euros estimés nécessaires à l’horizon 2020 afin de rétablir l’équilibre financier, le Medef veut taper dur sur les retraités. Première proposition, d’un genre inédit : imposer des abattements dégressifs sur les pensions pour tous ceux qui voudraient partir en retraite avant 67 ans. En décrochant malgré tout à 62 ans, âge légal dans le régime général de la Sécurité sociale, le salarié perdrait 40% de sa pension. S’il partait à 63 ans, la punition serait une décote de 30%. A 64 ans, 18%. A 65 ans, 2%, et à 66 ans, 1%. Seul le départ à 67 ans permettrait d’avoir une retraite complète.

Retraites complémentaires : le MEDEF contraint de faire machine arrière !

« Jouer sur l’âge effectif »

Le calcul patronal était limpide, comme l’explique Eric Aubin : puisqu’il « n’a pas la main sur l’âge légal de départ», il veut « jouer sur l’âge effectif ». Les abattements visent à dissuader fortement tout départ à 62 ans. L’argument est d’autant plus frappant que la retraite complémentaire représente entre 30 et 56% de la pension globale. Le Medef feint seulement d’oublier qu’à partir de 60 ans, et parfois même avant, nombre de salariés ont été évincés de l’emploi…Deuxième proposition en guise de coup de rabot : la prolongation pendant trois ans du gel des pensions à l’œuvre depuis 2013. En clair, celles-ci sont désindexées de l’inflation et perdent donc chaque année du pouvoir d’achat. Le Medef veut également mettre à contribution les veuves et veufs en réduisant les droits à pension de réversion qui seraient versées à partir de 60 ans, au lieu de 55 ans, et à hauteur de 55% de la pension du défunt contre 60% actuellement. Enfin, il prétend faire la peau au régime de retraite complémentaire des cadres en fusionnant l’Agirc avec l’Arrco. Une mesure qui n’apporterait aucune solution au problème du financement –la fusion de deux déficits ne créant aucun bénéfice- mais aurait un double effet, analyse Marie-Jo Kotlicki, secrétaire générale de l’union des cadres CGT (UGICT) : d’une part, « pousser les cadres à la capitalisation » ; d’autre part, liquider le statut cadre, aujourd’hui incarné, garanti par l’Agirc. Un statut qui permet la reconnaissance, dans les conventions collectives, de seuils de qualification, et donc de rémunération. Un statut qui représente ainsi un « ascenseur social », souligne Marie-Jo Kotlicki, pointant ainsi l’enjeu qu’il représente pour l’ensemble des salariés.

La médiatisation de ces propositions s’apparentant à une déclaration de guerre anti-sociale, leur dénonciation vigoureuse ces derniers jours par plusieurs syndicats, en particulier la CGT avec le rassemblement qu’elle organisait hier, et finalement la position unanime exprimée hier par les organisations de salariés les qualifiant d « inacceptables » et exigeant un effort financier du patronat, ont amené la délégation patronale, isolée autour de la table, à faire machine arrière.

« Le Medef s’est engagé à revoir sa copie », indique Eric Aubin. Lors de prochaines rencontres bilatérales avec les syndicats, il doit présenter « un texte complètement réécrit, intégrant les positions des organisations syndicales ». Pour la première fois depuis le début des négociations, le représentant du Medef a « entrouvert la porte » à une éventuelle augmentation des cotisations, se réjouit le responsable CGT, voyant dans ce recul la marque de l’unité syndicale. Une nouvelle séance est prévue le 22 juin. En cas d’échec, les discussions pourraient reprendre à la rentrée.

Retraites complémentaires : le MEDEF contraint de faire machine arrière !

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