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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 23:03
Photo Dominique Faget. AFP

Photo Dominique Faget. AFP

François Michelin, décédé le 29 avril, se posait en adversaire résolu des syndicats, du Code du travail, des 35 heures.

 

Dans son entourage, chez nombre de journalistes aussi, on ne cachait pas une certaine admiration pour ce patron « visionnaire », la « capacité d’écoute » de ce PDG n’hésitant pas à descendre dans les ateliers pour saluer les ouvriers, ce « chrétien fervent mariant son amour pour Dieu et sa confiance dans le capitalisme »… Tout juste concédait-on une ombre au tableau : ses relations « houleuses » avec les syndicats… François Michelin, décédé à quatre-vingt-huit ans, a régné pendant près d’un demi-siècle sur le fabricant de pneumatique basé à Clermont-Ferrand, dont il a quitté la gérance en 2002. Il a pris la tête de l’entreprise en 1955, après, dit la légende, y avoir occupé, sous une fausse identité, diverses fonctions, y compris celle d’ouvrier.

Michelin : Mort d’un défenseur gonflé du capitalisme !

Lors de la grande grève 
de 1977, il opposa 
une intransigeance de fer

 

Mettant à profit des innovations, dont celle du pneu à carcasse radiale, le groupe français prendra une dimension mondiale. Un développement économique réel, acquis aussi grâce à une exploitation sévère des travailleurs, mal dissimulée derrière le fameux paternalisme de « Monsieur François ». On le verra notamment lors de la grande grève de 1977 qui paralysa pendant dix jours toutes ses usines : aux Bibs qui refusaient l’instauration du travail en semi-continu, voulant farouchement sauvegarder leur temps libre le samedi soir et le dimanche, il opposa une intransigeance de fer. On le verra aussi lors de multiples plans de licenciement, qui saignèrent les effectifs du groupe, comme les 7 500 suppressions de postes décidées en 1999, en dépit d’une forte hausse des profits, et alors que la part de ceux-ci versée aux actionnaires avait grimpé de 21 % en un an… Si, à la différence de certains de ses homologues, il ne montrait pas de signe ostentatoire de richesse, François Michelin ne perdait pas le nord. « Rien ne se fait sans les hommes », chante-t-il dans une interview à Paris Match. Mais gare si ces hommes viennent à s’organiser pour défendre leurs intérêts… « Monsieur François » était un adversaire résolu des syndicats, pas utiles puisque « les racines de tout patron, c’est le contact avec les hommes en tête à tête ». Un pourfendeur du Code du travail, « d’inspiration marxiste car reposant sur la lutte de classes » ; plus généralement, d’ailleurs, selon lui, le « drame » du pays tient au fait que « depuis des générations la France est entre les mains des fils de Marx ». Un adversaire du Smic, qui « met dans le crâne des gens qu’il n’y a pas de relations entre salaire et travail », des 35 heures, « erreur monumentale ». L’« atypique » patron avait claqué la porte du CNPF en 1968 après les accords de Grenelle, lui reprochant d’avoir trop lâché aux syndicats sur les salaires. Trente ans après, il saluait l’arrivée de Seillière à la tête du Medef : « C’est la première fois que l’on parle avec cette force des actionnaires. » L’« original » « Monsieur François » n’aura jamais dérogé à la défense des fondamentaux d’un capitalisme prenant pourtant eau de toutes parts…

Michelin : Mort d’un défenseur gonflé du capitalisme !

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Société
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