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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 22:41
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Jean-Christophe le Duigou - Vendredi, 27 Février, 2015 -Humanité Dimanche
 
Par Jean-Christophe le Duigou. Le sauvetage de la Grèce depuis 4 ans a consisté à tranférer l'essentiel des dettes du secteur privé au public, socialisant une nouvelle fois les pertes.

Une campagne insistante se développe, accréditant l’idée que la restructuration de tout ou partie de la dette grecque aboutirait «  à ponctionner le porte-monnaie des Français ».

L’objectif est clair : jouer sur l’égoïsme supposé de nos concitoyens pour tenter d’isoler le gouvernement que s’est démocratiquement donné la Grèce. Il est vrai qu’à première vue le raisonnement est simple. Le calcul consiste à diviser les 59 milliards d’euros, correspondant à l’exposition de la France à un défaut total de la Grèce sur sa dette, par le nombre d’habitants de notre pays pour aboutir à quelque 900 euros par Français.

Sauf que l’on trompe le public en disant qu’ainsi « l’on paierait pour la Grèce » alors que l’on masque une nouvelle fois une opération de renflouement du système bancaire. La démonstration en a été faite par Olivier Passet sur le site en ligne Xerfi-Canal (www.xerficanal.com).
Toute l’opération de sauvetage de la Grèce depuis quatre ans a consisté à transférer l’essentiel des dettes grecques du bilan des banques aux budgets des États européens, au Fonds européen de stabilité financière, à la Banque centrale européenne et, pour le reste, au Fonds monétaire international, c’est-à-dire du secteur privé au secteur public.

On a une nouvelle fois socialisé les pertes.
Cela dit, pour l’instant, ce soutien ne coûte pas, il rapporte même quelques euros aux Français.
En fait, les 59 milliards en cause sont déjà couverts par des emprunts du Trésor sur lesquels la France fait un bénéfice régulier correspondant à la différence entre le taux auquel emprunte la France et celui auquel elle prête à la Grèce.
S’impose cependant à court terme un choix rendu nécessaire par l’impossibilité pour la Grèce de rembourser le capital.
Si l’on faisait cadeau de sa dette à la Grèce, la perte serait limitée à l’arrêt des versements d’intérêts par la Grèce, la France continuerait à régler les siens sur les 59 milliards empruntés.
Mais aux taux actuels, cela représente une charge de 10 euros par Français et par an, charge que l’inflation viendra réduire avec le temps. Si, au lieu d’annuler la dette, on la remplaçait par une « rente perpétuelle », c’est-à-dire un système dans lequel la Grèce verse des intérêts sans jamais rembourser le capital, le contribuable français non seulement serait épargné mais il ferait un bénéfice régulier. L’État français emprunterait définitivement pour le compte de la Grèce tandis que cette dernière paierait les charges d’intérêts. Le contribuable français y gagnerait car la rente versée par la Grèce serait sans doute supérieure aux taux auxquels la France se finance.
Le fait de ne pas vouloir procéder à une restructuration de la dette grecque s’apparente à une dangereuse fuite en avant. Nous continuons à faire supporter à un pays que nous savons insolvable une charge exorbitante de remboursement qui interdit toute stratégie de développement. Ce soutien au fonctionnement d’un système financier à bout de souffle coûtera d’autant plus cher qu’il se prolongera.
Pour faire un vrai bilan de l’incontournable restructuration que réclame le gouvernement grec, il faudrait prendre en compte le manque à gagner, en termes de croissance, dû à notre retard à régler la crise d’endettement des pays du sud de l’Europe.

Et là, il n’y a pas photo. Nos politiques de rigueur ont déjà coûté bien plus pour la France que les 59 milliards de pertes éventuelles sur la Grèce.
Ajoutons que le raisonnement applicable au cas grec devrait donner quelques idées pour traiter le surendettement des collectivités publiques, un peu partout en Europe.

(*) Économiste et syndicaliste.

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Economie
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