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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 20:20
François de Paris, François de Rome et les quinze graves maladies !

Le pape a prononcé un discours d’une rare violence à l’encontre de la Curie, dressant la liste de quinze graves maladies qui l’affligent. Son diagnostic s’applique parfaitement à la haute administration française.

de Jean-Marc Vittori

 

En ce début d’année, François de Paris a pris son bâton de pèlerin. Le président de la République a commencé par passer deux heures au micro de France Inter. Puis il va délivrer ses vœux urbi et orbi à toute une série de communautés – diplomates, acteurs économiques, Corréziens, militaires, etc. Il entend « saturer l’espace médiatique », expliquent les médias.

François de Rome, lui, a choisi une autre stratégie. Le pape commence l’année en créant de nouveaux cardinaux. Et plutôt que de présenter des vœux ultraclassiques à la télévision le 31 décembre dernier pour le Nouvel An, il a présenté ses vœux de Noël à la Curie, dix jours plus tôt. Cette cérémonie inédite fut un vrai festival. Plutôt que de passer de la pommade à tous et à chacun, il a au contraire décrit le catalogue des « maladies curiales ». Enfoncés, les douze péchés capitaux ! Le pape n’a pas eu de mots assez durs pour dénoncer quinze défauts majeurs qui font l’incurie de la Curie. Nombre de hauts dignitaires en sont sortis traumatisés, comme s’ils avaient pris un violent coup de gourdin sur la mitre. Un hebdomadaire satirique français paraissant le mercredi, qui a développé un antipapisme séculaire, confesse même en concevoir une faiblesse pour le Saint-Père.

 

François de Paris, François de Rome et les quinze graves maladies !

Pendant ce temps, la France était plongé dans de vastes débats spirituels. Passer de cinq à douze dimanches d’ouverture pour certains magasins constitue-t-il un changement de civilisation? Faut-il pendre haut et court les maires qui ont laissé une crèche ronger leurs mairies ? On a échappé de peu à un autre débat fondamental : faut-il remettre en cause l’existence du père Noël, fils putatif de Saint Nicolas et de Coca-Cola ? Plutôt de se laisser gagner par ces discussions mystiques, François de Paris ferait mieux d’écouter le message de François de Rome. Pas pour admonester le gouvernement, auquel le président a d’ailleurs présenté ses vœux fort civilement hier. Car la Curie n’est pas le gouvernement de l’Eglise catholique, même si elle est souvent décrite comme telle. Un pape qui vient d’être élu a, certes, le choix de nommer son membre le plus éminent, le Secrétaire d’Etat. Il peut aussi changer les autres membres au fil des ans. Mais il n’a pas une équipe à sa main. Souvent en poste depuis longtemps, les préfets de congrégation et autres présidents de conseil ont tendance à croire qu’ils sont les plus compétents pour décider. En un mot, la Curie est au Vatican ce que la haute administration est à la France. Et c’est ici que le diagnostic papal est précieux, en termes de management et non de religion. Car la haute administration française souffre précisément des maux décrits par François de Rome. Et ces maux paralysent l’action politique.

Reprenons la liste papale , traduite en français par le site du quotidien « La Croix ».

D’abord figure la maladie de « celui qui se sent indispensable », de ceux qui « se sentent supérieurs à tous, et non au service de tous ». N’est-ce pas la description précise de tel directeur d’administration centrale, affligé aussi de « marthalisme » (être submergé de travail) ?

Vient en troisième position la maladie de la « pétrification mentale », touchant ceux qui « se cachent derrière leurs dossiers, devenant les rois du formulaire ». On s’y croirait !

Cette impression est confirmée par le quatrième fléau, « la planification excessive et le fonctionnarisme », où l’on croit que « planifier à la perfection fait réellement avancer les choses». La maladie de la mauvaise coordination renvoie évidemment aux affres de l’interministériel.

La maladie d’Alzheimer spirituelle a son équivalent chez de grands commis de l’Etat ayant oublié l’intérêt général qu’ils sont censés servir. Inutile de préciser ce que sont la rivalité et la vanité, la rumeur et le commérage, l’indifférence aux autres et l’exhibitionnisme de celui pour qui « seul compte le fait de se voir à la une des journaux ».

La schizophrénie existentielle touche ceux qui « se limitent aux tâches bureaucratiques ».

Il y a aussi le carriérisme et l’opportunisme de ceux qui courtisent leur chef.

Et la maladie de la tête d’enterrement, où l’on croit qu’il faut porter le masque de la sévérité et « traiter les autres avec rigidité, dureté et arrogance ».

Et encore « la maladie des cercles fermés », quand le sentiment d’appartenance à un petit groupe l’emporte sur le reste.

 

Bien sûr, tous les hauts fonctionnaires français ne sont pas marthalistes, carriéristes et sinistres. Mais la haute fonction publique, qui fut un formidable levier du changement dans la France d’après-guerre, devient un terrible levier de blocage. Nombre de grands directeurs, en poste depuis des années, estiment, comme les cardinaux de la Curie, qu’ils savent ce qu’il faut faire mieux que le gouvernement. Ils commencent souvent par expliquer que le changement est impossible puis qu’il coûte trop cher, puis qu’il faut l’encadrer par des règles qui en limitent la portée. Les lois votées en fanfare au Parlement sont ensuite discrètement émasculées par des décrets souvent tardifs, parfois incompréhensibles, souvent inapplicables. Face à cette administration toute-puissante, autolégitimée, convaincue que le temps joue pour elle, le pouvoir politique de gauche ou de droite n’a d’autre choix que de constituer des contrepoids.

D’où la persistance de cabinets ministériels pléthoriques, malgré l’intention sans cesse répétée de les réduire. Face aux maladies de la Curie, François de Rome en appelle à l’Esprit Saint, qui est « fraîcheur, imagination, nouveauté ». François de Paris devra trouver autre chose [au besoin, nous pouvons lui donner des idées. Ndlr]. Pour réussir leur mission, l’un et l’autre devront s’attaquer à leurs administrations-cathédrales.

François de Paris, François de Rome et les quinze graves maladies !

Habituellement nous ne sommes guère tendres avec les médias dominants, c'est pourquoi nous avons autant apprécié comme des bouffées d'air frais les deux billets qui ont entrecoupé le numéro de François de Paris sur France Inter ce matin (merci à notre amie Graziella de nous les avoir signalés).
 

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