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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 20:48
LA PAUVRETE EXPLOSE - Le pouvoir complice

Alors que s’est déroulé la Journée internationale du refus de la misère, la politique menée depuis deux ans par l’exécutif ne cesse d’inquiéter les associations caritatives. Loin des déclarations d’intention, on assiste à une succession de revirements.

Ce devait être une visite tranquille. De celles qui permettent de livrer de belles images pleines de compassion au JT de 13 heures. Malheureusement pour François Hollande, cette sortie à Clichy-la-Garenne « sur le thème de la pauvreté » s’est transformée en réquisitoire contre la politique, ou plutôt la non-politique de son gouvernement en la matière.

LA PAUVRETE EXPLOSE - Le pouvoir complice

Après la déambulation présidentielle dans une « start-up sociale », la table ronde organisée avec une dizaine de dirigeants d’associations caritatives a tourné au calvaire pour le chef de l’État. Les uns après les autres, ses interlocuteurs ont tiré la sonnette d’alarme et fustigé, l’un, les promesses non tenues, l’autre, le retour d’un discours stigmatisant les exclus et les chômeurs… Tous déplorant, plus ou moins ouvertement, l’inertie et les contresens de l’exécutif sur la lutte contre la pauvreté alors que tous les signaux virent au rouge. François Hollande a bien tenté de faire bonne figure, se raccrochant aux grands principes. Mais il n’a pu éviter de laisser planer dans l’assistance la douloureuse impression de sa propre impuissance. À la mi-quinquennat, le signal inquiète tous les acteurs de la lutte contre la pauvreté. Le constat ne peut être que sévère. Près de deux ans après l’annonce d’un « grand » plan de lutte contre la pauvreté, aucun effet tangible ne voit réellement le jour. Les statistiques de l’Insee continue d’égrener des chiffres noirs. Il faut les rappeler. En 2011, 8,7 millions de personnes, soit 14,3 % de la population, vivaient en dessous du seuil de pauvreté (977 euros mensuels). Son niveau le plus haut depuis près de vingt ans. Avec près de 890 000 pauvres en plus depuis 2008, la France fait partie des pays européens où le taux a le plus progressé sur cette période (+ 11,3 %). Bien sûr, les derniers chiffres parus en septembre auraient pu sonner comme une bonne nouvelle. Selon l’Insee, 200 000 personnes seraient « sorties » de la pauvreté en 2012, faisant baisser le taux à 13,9 % de la population. Inversement de tendance miraculeux ? Non. Juste un effet mécanique du mode de calcul.

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« Le niveau moyen des revenus ayant baissé en cette période de crise, le nombre de personnes se retrouvant au-dessus du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian) a logiquement augmenté, c’est tout », explique Didier Gelot, secrétaire général de l'Observatoire national de la pauvreté. Un recul statistique, donc. Car, pour le reste, l’Insee constate, au contraire, une « intensification » de la pauvreté. « La moitié des personnes pauvres vivent désormais avec moins de 784 euros par mois, un niveau qui n’avait jamais été aussi bas depuis 2006 », souligne l’Institut. L’autre grande tendance est l’évolution des publics touchés par la pauvreté. « Pendant longtemps, le phénomène concernait avant tout les personnes âgées et les hommes seuls, relève Didier Gelot. On est passé désormais aux jeunes et aux familles. » Les couples avec enfants représentent actuellement 40 % de la population pauvre et les familles monoparentales – dont beaucoup de femmes –, près de 25 %. Quant aux jeunes, un sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. Face à ce constat largement partagé, le gouvernement a soufflé le chaud et le froid. La tenue, en 2012, d’un Conseil interministériel de lutte contre l’exclusion – une première depuis six ans –, et le plan quinquennal qui en a découlé en janvier 2013, a été accueilli comme un « geste fort ». Et un changement de discours bienvenu après les années de stigmatisation des pauvres sous Nicolas Sarkozy. Las, deux ans plus tard, l’impression d’en être au point mort prédomine.

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Même l’ancien leader de la CFDT, François Chérèque, chargé du suivi des 61 mesures de ce plan, a semblé dubitatif. Tout en affirmant que ses principaux objectifs étaient atteints, il en a déploré la « grande complexité »… Manière polie de dire inefficacité ? « Sans doute, car franchement, au-delà des grands mots, il n’y a pas dans ce plan de réelles annonces chiffrées et des prévisions budgétaires sérieuses », déplore un bon connaisseur du dossier. Surtout, le gouvernement, embarqué dans une politique d’austérité de plus en plus droitière, s’acharne à torpiller ce qui fut, un temps, ses propres ambitions. Comme le fait remarquer le sociologue Serge Paugam, lutter contre la pauvreté commence par la lutte contre les inégalités. « Il n’y a pas de ‘‘pauvre’’ en soi. La pauvreté n’est que le résultat des inégalités. Lutter contre, cela suppose, par exemple, de favoriser les emplois de qualité, non précaires, de faire des efforts en termes de formation et de requalification de la mains-d’œuvre. »

Or, sur ce point, le gouvernement n’a cessé de prendre, ces deux dernières années, des mesures à contre-courant. Alors que le nombre de travailleurs pauvres en France ne cesse de croître – quasiment deux millions de personnes sont concernées –, les dernières réformes renforcent cette précarité. La loi dite de sécurisation de l’emploi, entrée en vigueur le 1er juillet 2013, et qui fait suite au fameux Accord national interprofessionnel, en est une parfaite illustration. Celle-ci facilite les licenciements économiques collectifs en restreignant les délais de consultation des représentants du personnel. Elle favorise également le chantage à l’emploi, avec le risque, s’il existe un « accord de main¬tien dans l’emploi », de se voir imposer, au choix, une baisse de salaire ou un licenciement pour les salariés qui la refuseraient… Cette même loi encourage, enfin, les mobilités forcées en exonérant les employeurs de plans de sauvegarde de l’emploi. Même logique de « flexibilité » avec le CDI intérimaire, entré en vigueur le 6 mars dernier. Les intérimaires qui bénéficient de ce dispositif perdent leur prime de fin de mission (10 % de leur rémunération) et se voient imposer des mobilités illimitées dans toute la France, sans pour autant bénéficier d’un contrat réelle¬ment sécurisé ! Pas de quoi développer les vrais CDI, qui ne représentent aujourd’hui plus que 10 % des nouvelles embauches.

Sur la question du logement, devenu le premier poste de dépenses des Français, la volte-face du gouvernement est, là, presque caricaturale. Attendu depuis des années et voté au Parlement, l’encadrement des loyers a été jeté par-dessus bord, quelques semaines après la prise de fonction de Manuel Valls à Matignon, au profit d’une « expérimentation » limitée à Paris et quelques villes… Même destin funeste pour la garantie universelle des loyers, qui ne concernera, au final, que les jeunes salariés et les personnes déjà en situation précaire. « C’est un renoncement du président de la République à l’une de ses pro¬messes de campagne », a fustigé mardi dernier Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé-Pierre. Quant à la construction de logements, elle ne dépasse par les 300 000 par an, là où le président en promettait 500 000.

Sur la question cruciale des revenus, enfin, la situation reste désespérante avec, entre autres, le gel du point d’indice dans la fonction publique et l’absence d’augmentation décente du Smic… « Or, les inégalités de revenus ont des effets considérables sur l’existence des liens sociaux, que ce soit au niveau de la famille ou des affinités (amis, associations…) », prévient Serge Paugam. Dans le cadre du plan de lutte contre la pauvreté, le gouvernement a bien prévu d’augmenter le RSA (509 euros pour une personne seule) de 10 % en plus de l'inflation d’ici à la fin du quinquennat. Mais ce coup de pouce ressemble à une aumône. « Surtout, c’est très loin de rattraper la perte du pouvoir d’achat du RMI depuis sa création », note Didier Gelot. Dans un tel contexte, les déclarations stigmatisantes, à l’égard des chômeurs, du ministre du Travail François Rebsamen, comme aux plus sombres heures du quinquennat sarkozyste, ont ulcéré les associations. Et surtout inquiété. Il y a un mois, une note du Credoc soulignait que l’idée que les plus pauvres étaient responsables de leur situation était en progression. Une tendance nouvelle alors qu’en temps de crise, la montée de la solidarité était plutôt la norme.

« Notre sentiment aujourd’hui, c’est qu’on est face au risque d’un changement de regard sur la pauvreté, relève Christophe Robert. Comme si la défense des plus fragiles n’était plus une préoccupation de ce gouvernement, alors que la lutte contre la pauvreté nécessite une continuité dans l’action publique. »

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