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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 21:41

Notre ami Salim Lamrani, qui a animé la semaine dernière, avec André Chassaigne une magnifique conférence à Lempdes sur Cuba a écrit un texte très, très intéressant sur le roi Juan Carlos qui est parfois (souvent ?) présenté comme celui qui a restauré la démocratie en Espagne, après la longue période franquiste. Voilà un texte qui remet les choses en place et nous en faisons une "spéciale dédicace" à nos ami(e)s, petite Marie de la fête de l'Huma, Eléonor, Samuel, Carmen et Caricia et tous ceux partis trop tôt, Antoine, Miguel et tant d'autres !

Juan Carlos et Franco

Juan Carlos et Franco

50 vérités sur le roi d’Espagne Juan Carlos I de Bourbon
Salim Lamrani -
22 juin 2014

Après 38 ans de règne, Juan Carlos I de Bourbon a décidé d’abdiquer le 2 juin 2014 à l’âge de 76 ans et de céder le trône d’Espagne à son fils Felipe, Prince d’Asturies.

 

  1. Juan Carlos Alfonso Víctor María de Borbón y Borbón-Dos Sicilias, ou Juan Carlos I, est né le 5 janvier 1938 à Rome de l’union de Don Juan, Comte de Barcelone, et de Doña María de las Mercedes de Borbón, princesse des deux Siciles, lesquels ont eu quatre enfants : Pilar (1936), Juan Carlos, Margarita (1939) et Alfonso (1941).

 

  1. Juan Carlos est le petit-fils d’Alphonse XIII par la branche paternelle et membre de la dynastie capétienne des Bourbons, dont sont issus les rois de France depuis Henri IV.

 

  1. Le jeune Juan Carlos passe les quatre premières années de son enfance à Rome où la famille royale réside en exil depuis la proclamation de la deuxième République le 14 avril 1931. En 1942, Don Juan, déchu du trône, décide de s’installer à Lausanne, en Suisse.

 

  1. Le général Francisco Franco, qui règne sans partage depuis 1939, s’intéresse très tôt au jeune Juan Carlos. Le 25 août 1948, le dictateur et le Comte de Barcelone – qui avait soutenu les fascistes durant la Guerre civile – se réunissent secrètement dans le golfe de Biscaye et décident ensemble que Juan Carlos s’installera en Espagne afin d’y recevoir une éducation franquiste. Le but du Généralissime est de réinstaller à terme la Maison Bourbon sur le trône. Le 8 novembre 1948, le jeune prince se rend pour la première fois dans la péninsule ibérique et y passe un an.

 

  1. En 1950, après avoir passé un an dans la résidence familiale à Estoril, au Portugal, Juan Carlos retourne en Espagne pour poursuivre ses études sous la tutelle bienveillante de Franco.

 

  1. De 1955 à 1959, Juan Carlos, après avoir obtenu son baccalauréat, reçoit une instruction militaire au sein de l’Académie générale militaire de Zaragoza, de l’Ecole navale militaire de Marín et de l’Académie générale de l’Armée de l’Air de San Javier. Toutes ces institutions ont été personnellement choisies par le dictateur qui suit de près la carrière de son futur successeur.

 

  1. Le 29 mars 1956, Alfonso, jeune frère de Juan Carlos âgé de 14 ans, perd la vie en recevant une balle de revolver dans la tête, dans la résidence familiale d’Estoril. La déclaration officielle de la famille royale relate que le jeune Alfonso s’est accidentellement tué en manipulant l’arme. En réalité, le responsable de l’accident est Juan Carlos. Aucune enquête n’a eu lieu et Alfonso a été enterré dès le lendemain. Franco intervient alors personnellement auprès de l’ambassade d’Espagne à Lisbonne et demande à son frère, Nicolás Franco, alors ambassadeur, de rédiger un faux communiqué sur le drame, afin de protéger Juan Carlos. Don Jaime, frère de Don Juan et oncle du jeune Alfonso, est le seul à demander une enquête, en vain : « J’exige que l’on procède à une enquête judiciaire parce qu’il est de mon devoir de chef de la Maison de Bourbon et parce que je ne puis accepter qu’aspire au trône d’Espagne quelqu’un qui n’a pas su assumer ses responsabilités ». En octobre 1992, Juan Carlos, alors Roi d’Espagne depuis 17 ans, accèdera à la demande de son père et rapatriera les restes de son frère au Panthéon Royal.

 

  1. En 1962, Juan Carlos, alors âgé de 24 ans, épouse la princesse Sofia de Grèce à Athènes. Juan Carlos et Doña Sofía ont trois enfants : l’Infante Elena (1963), l’Infante Cristina (1965) et le Prince Felipe (1968).

 

  1. En 1963, Franco persuade le jeune couple de s’installer au Palacio de La Zarzuela, à Madrid, en dépit de l’opposition farouche du Comte de Barcelone, qui commence à comprendre les manœuvres du dictateur pour le priver du trône.

 

  1. Juan Carlos est alors entouré et conseillé par des membres de l’Opus Dei.

 

  1. En janvier 1966, Juan Carlos fait une déclaration à la revue étasunienne Times et jure fidélité à son père : « Je n’accepterai jamais la Couronne tant que mon père sera vivant ».

 

  1. Mais le 5 mars 1966, à l’occasion de la commémoration du 25ème anniversaire de la mort d’Alphonse XIII, sur les conseils de Franco, Juan Carlos refuse de participer à la réunion du Conseil privé du Comte de Barcelone à Estoril, destinée à réaffirmer les droits dynastiques de Juan de Bourbon. Juan Carlos choisit de rompre l’unité dynastique afin d’accéder au pouvoir.

 

  1. En 1969, Franco décide officiellement de nommer Juan Carlos comme son successeur en se basant sur la Loi de succession au sommet de l’Etat de 1947. Il brise ainsi les règles dynastiques qui stipulent que Juan de Borbón y Battenberg, héritier légitime du roi Alphonse XIII, doit occuper le trône.

 

  1. Don Juan apprend la nouvelle et reçoit un courrier de son fils Juan Carlos lui demandant sa bénédiction. Sa réponse est cinglante : « Quelle Monarchie sauves-tu ? Une Monarchie contre ton père ? Tu n’as rien sauvé. Tu veux sauver une Monarchie franquiste ? Je ne suis pas d’accord et je ne le serai jamais. Je n’accepterai jamais que tu puisses être roi d’Espagne sans le consentement de la Monarchie, sans passer à travers la dynastie ». Il décide de lui retirer le titre de « Prince des Asturies ».

 

  1. Face à cela, Franco décide d’octroyer le titre de « Prince d’Espagne » – jamais utilisé auparavant – à Juan Carlos. Le successeur désigné prête serment en juillet 1969 et jure fidélité au franquisme, aux principes du Mouvement national (le parti fondé par le Généralissime) ainsi qu’aux Lois fondamentales (imposées par le dictateur durant son règne en remplacement de la Constitution).

 

  1. Juan Carlos, très proche de Franco, ne manque pas de faire allégeance au caudillo lors d’une interview à la télévision française en 1969 : « Le général Franco est vraiment une figure décisive, historiquement et politiquement, pour l’Espagne. Il a su […] résoudre notre crise de 1936. Il a joué un rôle politique pour nous sortir de la Deuxième guerre mondiale. Au cours des trente dernières années, il a jeté les bases du développement [du pays]. Pour moi, c’est un exemple vivant, par son dévouement patriotique quotidien au service de l’Espagne. J’ai pour lui une très grande affection et admiration ».

 

  1. En janvier 1971, Juan Carlos se rend aux Etats-Unis à l’invitation du président Richard Nixon pour resserrer les liens avec Washington, qui a apporté son soutien au régime franquiste à partir des années 1950.

 

  1. Franco étant gravement malade, Juan Carlos est désigné pour la première fois chef de l’Etat par intérim entre le 19 juillet et le 2 septembre 1974. Le 18 juillet 1974, il remplace même le Généralissime pour célébrer l’anniversaire du soulèvement de 1936 contre la République espagnole.

 

  1. Le 20 juillet 1974, Juan Carlos réalise son premier acte officiel en signant une déclaration conjointe avec les Etats-Unis pour prolonger le Traité d’aide mutuelle entre les deux pays.

 

  1. Le 30 octobre 1975, Juan Carlos assume une nouvelle fois le rôle de Chef de l’Etat jusqu’au 20 novembre 1975. Quelques semaines auparavant, le 1er octobre 1975, il était apparu aux côtés de Franco lors du rassemblement organisé par le régime en réponse à la condamnation unanime de la communauté internationale suite à l’exécution de cinq prisonniers politiques.

 

  1. La biographie officielle publiée sur le site internet de la Casa Real omet soigneusement de rappeler les liens étroits entre Franco et Juan Carlos. Aucune mention n’est faite de ses responsabilités politiques avant le 22 novembre 1975.

 

  1. Deux jours après la mort de Franco survenue le 20 novembre 1975, Juan Carlos est proclamé Roi d’Espagne par les Cortes franquistes, conformément à la volonté du Généralissime exprimée dans un message posthume à la nation : « Je vous demande de préserver l’unité et la paix et d’entourer le futur roi d’Espagne, don Juan Carlos de Bourbon, de la même affection que vous m’avez offerte ». Le nouveau Roi est donc « amarré et bien amarré » au trône.

 

  1. La biographie officielle de la Casa Real évoque cet épisode en ces termes : « Suite à la mort de l’ancien Chef d’Etat, Francisco Franco, Don Juan Carlos fut proclamé Roi le 22 novembre 1975 et a prononcé au Parlement son premier message à la nation, au cours duquel il a exprimé les principales idées de son règne : rétablir la démocratie et être le Roi de tous les Espagnols, sans exception ».

 

  1. Or, la réalité historique contredit cette affirmation. Loin de plaider pour une transition démocratique, Juan Carlos, au contraire, jure fidélité à l’héritage franquiste et affirme qu’il poursuivra son œuvre : « Je jure devant Dieu et les Saintes Evangiles de respecter et de faire respecter les Lois fondamentales du Royaume et rester loyal aux principes du Mouvement national ». Lors de son discours, il a rendu un vibrant hommage au dictateur Franco : « Une figure exceptionnelle entre dans l’Histoire. Le nom de Francisco Franco sera un fait marquant de l’histoire espagnole et une référence indispensable pour comprendre la clé de notre vie politique contemporaine. Avec respect et gratitude, je veux me souvenir de la figure de celui qui a assumé pendant tant d’années la lourde responsabilité de diriger le pays ». A aucun moment, Juan Carlos n’a parlé de démocratie ni n’a évoqué l’instauration d’un processus de transition démocratique.

 

  1. De la même manière, lors de son discours au royaume du 24 décembre 1975, à l’occasion des fêtes de Noël, Juan Carlos fait de nouveau l’éloge de Franco et de son héritage : « L’année s’achève sur une profonde marque de tristesse à cause de la maladie et de la disparition de celui qui fut pendant tant d’années notre Généralissime. Le testament qu’il a offert au peuple espagnol est sans nul doute un document historique qui reflète les énormes qualités humaines, les énormes sentiments de patriotisme sur lesquels il a voulu asseoir son œuvre à la tête de notre nation. Nous disposons de bases très solides que nous ont léguées une génération sacrifiée et l’effort titanesque de quelques Espagnols exemplaires. Je leur dédie aujourd’hui un hommage de respect et d’admiration ».

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L'HUMAIN AVANT TOUT Canton de Pont-du-Château - dans Culture et politique
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