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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 20:12

Appelés ou réservistes, les objecteurs de conscience dénoncent les crimes de guerre perpétrés à Gaza. Dans une société très militarisée, les nationalistes et l’extrême droite les traitent de « terroristes » à la solde des « Arabes ».

 

  Ce soir, Udi dormira en prison. Ainsi en a décidé le commandant du centre de recrutement de l’armée qui a prononcé la sanction contre le jeune homme de dix-neuf ans, objecteur de conscience. Le jour de son incarcération, plusieurs dizaines de « refuzniks » sont venus soutenir Udi Segall devant le tribunal d’Haïfa, brandissant des pancartes contre la guerre, clamant leur refus de prendre part au massacre en cours dans la bande de Gaza. Tous sont très jeunes, à peine sortis de l’enfance. Dès la sortie du lycée, les jeunes Israéliens doivent passer par la case d’un long service militaire, trois ans au minimum pour les garçons, vingt-deux mois pour les filles. Udi n’a jamais pu se résoudre à cette idée. Moins, encore, depuis que sa rencontre avec des Palestiniens de Cisjordanie a bouleversé sa vision du conflit. « Les terroristes, ce sont ceux qui tuent des enfants à Gaza. J’espère que nous serons de plus en plus nombreux à refuser d’être complice de ces crimes », tranche-t-il. À ses côtés, Aya, dix-sept ans, raconte comment, tout au long de son enfance, elle a été conditionnée, par l’école, à cette idée de servir dans l’armée. Dès le jardin d’enfants, on vous inculque l’amour de l’armée israélienne, institution sacrée. On vous fait faire des colis et des dessins pour les soldats au front. On vous fait croire que la guerre aux Palestiniens, c’est l’amour de la patrie. Pour de jeunes Israéliens, de plus en plus nombreux, les images arrivant de Gaza viennent fracasser ce récit millimétré par la propagande. « Ce qui se passe à Gaza est horrible et inutile. Palestiniens et Israéliens veulent vivre en paix et en sécurité. Alors il faut se mettre autour d’une table et discuter. Cette guerre ne fait que préparer la suivante, dans un cercle infernal qui n’en finira jamais si nous ne disons pas non », assure la lycéenne. Bar est encore plus jeune, seize ans. Son air enfantin tranche avec sa maturité. Sa décision est prise depuis longtemps. « La guerre que nous menons aux Palestiniens est immorale, injuste et meurtrière. Elle nous mènera, à court terme, vers de dangereuses extrémités. Israéliens et Palestiniens devraient vivre ensemble, à égalité de droits, peu importe la forme que cela prendra, affirme-t-il. Si les Israéliens soutiennent dans leur majorité cette offensive militaire à Gaza, c’est parce qu’ils préfèrent fermer les yeux sur les crimes de l’armée. Ils refusent de voir les autres, les Arabes, comme des êtres humains, des égaux. » Sur le trottoir d’en face, des militants d’extrême droite ont pris position, sous l’œil impassible de policiers alignés en un cordon plutôt lâche.

En Israël, des « refuzniks » refusent d’être complices

Des pacifistes avaient été attaqués et blessés par des extrémistes

 

Couverts de drapeaux israéliens, ils vocifèrent des insultes à l’attention des jeunes réfractaires, désignés tantôt comme des « terroristes », tantôt comme des « homosexuels » à la solde des « Arabes ». « Ces gens n’aiment pas Israël. Ils dénoncent l’armée qui les protège. Qu’ils aillent à Gaza servir de bouclier humain au Hamas puisqu’ils préfèrent les musulmans ! » lance un contre-manifestant écumant de rage. Le 17 juillet dernier, à Haïfa, des manifestants pacifistes avaient été attaqués et blessés par une horde d’extrémistes à la tête de laquelle se trouvait Baruch Marzel, porte-voix des colons de Cisjordanie, fasciste notoire. Depuis, l’extrême droite appelle à des contre-manifestations à la moindre mobilisation de la gauche anti-guerre. Eyal Rozenberg en sait quelque chose. Il a reçu un coup de barre de fer sur le crâne, en marge de la manifestation pour la paix qui a rassemblé 7 000 personnes samedi dernier à Tel-Aviv. Un filet blanc lui recouvre encore le crâne, retenant le pansement. Ce trentenaire est l’un des signataires de l’appel des cinquante réservistes qui refusent de servir à Gaza, paru la semaine dernière dans le Washington Post. « Ils veulent transformer Gaza en terrain vague où plus rien ne subsiste. Parce qu’Israël s’est bâti sur un contrat colonial, son existence dépend de l’usage constant de la force. Et pour justifier la violence contre les Palestiniens aux yeux du monde, les Arabes autour de nous sont présentés comme des primitifs, des fondamentalistes prêts à commettre un second holocauste », constate-t-il. Comme les autres réservistes récalcitrants, Eyal Rozenberg décrit son service militaire comme un temps de basculement au cours duquel il a eu le sentiment de se situer « du mauvais côté ».

 

« À Gaza, Israël sème la mort et la destruction »

Sur les pavés d’Haïfa, du haut de ses quarante-deux ans, Yonatan Shapira fait figure de vétéran de la lutte pour la paix. Ancien pilote d’hélicoptère, il a été mis au ban de l’armée israélienne en 2003, pour avoir dénoncé la politique d’apartheid et d’occupation. « Ces garçons et ces filles qui rendent public leur refus de servir sont une lueur d’espoir, assure-t-il. À Gaza, Israël sème la mort et la destruction. Ce massacre d’innocents est un crime contre l’humanité. Ceux qui refusent d’y prendre part sont comme des nénuphars flottant sur les eaux sales d’un marais d’obéissance et d’ignorance. » Avant que les manifestants ne se dispersent, Udi Segall serre un à un ses camarades dans les bras. Il ignore la durée de sa détention, les périodes d’incarcération de deux semaines pouvant être reconduites durant plusieurs mois, selon le bon vouloir de l’institution militaire. En Israël, on embastille des gosses qui refusent de prendre part au massacre d’autres gosses.

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